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Pour chasser le tyran au pied d’argile

Publié le jeudi 07 septembre 2017

Si on se place du point de vue des institutions de la Ve République et de sa logique de « pouvoir personnel » du président, Macron est le mauvais homme, au mauvais moment. Ce n’est pas une question d’étoffe, comme on dit souvent. Au pire moment de la cinquième république, il ne peut y avoir que le « pire » possible à la tête de l’État. Un type qui serait par exemple une synthèse de l’excitation sans âme de Sarkozy et du flegme sans honneur ni dignité de Hollande. Un manager dans une période sans ménagements…

Pour chasser le tyran au pied d’argile

26000 euros de frais de maquillage en moins de 100 jours pour celle à qui il veut imposer un statut de première dame. Une députée qui mord un chauffeur de taxi, un autre qui fracasse le crâne d’un adversaire momentané d’un coup de casque, une ministre du travail qui quitte son poste de DRH yaourtière avec 2 millions et demi d’euros pour le fun, voilà pour les questions du mode de vie. Voilà pour cette « clé de voûte de la V e République » qu’est censé être ce triste sire. Nous pourrions parler aussi de ce photographe « insistant » cherchant à le « shooter » dans son lieu de villégiature : garde à vue, fouille de ses données informatiques.

La « continuité de l’État » en péril

Si on se situe du point de vue de son rôle de « garant de la continuité de l’État », on ne peut qu’être effrayé du conflit dans lequel il s’enlise avec la haute hiérarchie militaire, cœur de l’appareil d’État, après avoir désigné à la vindicte des officiers, le chef d’État-Major des armées qu’il aura éjecté aussitôt. Mais son successeur n’en est pas plus avenant pour autant, il voue Macron aux gémonies.

Ne nous en plaignons pas : nous nous situons contre la Ve République et contre la continuité de l’État, et bien sûr contre la « continuité » et la sauvegarde de l’Europe du Capital.

S’il doit un rien d’autorité à quelqu’un, c’est à cet affable mollusque qu’est J.C. Mailly, co-auteur de ses ordonnances, prompt à trahir sa propre confédération.

Macron et son alter ego politique

Au surplus, Macron a trouvé en Mélenchon, une sorte d’alter ego. On ne parle évidemment jamais de ce sur quoi ils sont en accord : coalition universelle pour le partage des dépouilles de la Syrie et de l’Irak entre rapaces impérialistes et satrapes locaux, sur le dos des peuples syriens, irakiens et kurdes ; aller jusqu’au bout de la CSG en l’intégrant à l’impôt direct, alors que jusqu’ici ses recettes étaient encore captée par la Sécurité sociale, puisque la CSG consistait en un détournement des cotisations sociales. Ajoutons-y l’accord entre eux sur la préemption des chantiers navals STX au nom des « intérêts de la France » et pour inciter le patronat à patronner vraiment dans ce secteur. Macron fut le candidat porté au pinacle par les grands médias du Capital. Mélenchon est l’opposant porté aux nues par ces mêmes médias.

La peau de chagrin

Voilà pour le décor de ce qui serait une pièce de théâtre sans boulevards et dont José Hart 1 aurait refusé de faire les décors. Dans la vraie vie, Macron a été élu par 15% des voix réelles (laissons le second tour de côté, compte tenu de la présence d’un épouvantail-faire valoir). Sa base sociale est la peau de chagrin des petits aventuriers de la spéculation et des entreprises en préfabriqué démontables à volonté. Ce type ne tient qu’à un fil ténu. Cela ne signifie pas qu’il tombera de lui-même. Mais, sa faiblesse inorganique doit être soulignée face à tous ceux qui le grandissent. Non pour le sous-estimer, bien sûr, car il en est que d’autant plus dangereux.

Ni JLM, ni César, ni tribun – point de « sauveur suprême »

Les manifestations du 12 septembre qui, à l’origine n’étaient pas faites pour cela, ont été la première démonstration de la volonté de chasser Macron, lui et sa cour des miracles du Palais-Bourbon, lui et son gouvernement de « managers », lui et ses ordonnances, ses plans et ses insultes. Le contre-feu est déjà prêt, le 23 septembre sous la bannière BBR de Mélenchon-Corbières. Mélenchon, face à Bourdin, l’a confirmé : pas question de renverser Macron et de l’empêcher d’aller au bout de son mandat, il faut croire aux élections, a-t-il dit en substance dès la 3ème minute de son entretien avec Bourdin 2 qui a ensuite tourné en eau de Bourdin.

Comment prétendre empêcher Macron d’aller jusqu’au bout de sa politique, si l’on s’en tient au calendrier électoral, si on lui laisse encore près de cinq ans pour tout pourrir ? L’idée qu’on pourrait le faire reculer et qu’ensuite, il se tiendrait coi et aurait peut-être l’idée, comme Chirac en 1997, de dissoudre l’assemblée nationale avant terme ? Le fil sur lequel tient Macron est ténu, mais la ficelle de Mélenchon est grosse.

En elle-même, la méthode permettant d’en finir avec ce déchet du régime qu’est Macron n’est pas sorcière : la mobilisation indépendante des travailleurs, des jeunes, des chômeurs autour de leurs revendications vitales et de la défense des acquis sociaux et démocratiques fondamentaux, sur leur propre terrain, sur le terrain de la satisfaction des besoins essentiels de toute la population et créer ainsi une position de départ pour un nouveau régime vers l’État-Commune.

Et, pour cela : ni JLM, ni sauveur, ni tribuns 3. La classe ouvrière a autant besoin de son indépendance que de son pain.



Stéphane Nakache,
15 septembre 2017



1 José Hart était le décorateur du Théâtre de Marigny ("les costumes de : Donald Caldwell") dont les pièces était rediffusées dans l’émission télévisée « Au théâtre, ce soir » à l’époque où la télévision avait vocation de « cultiver, distraire, informer » (avec plus ou moins de bonheur) avant que les « annonceurs » n’y fassent régner la loi de l’audimat.
2 https://www.youtube.com/watch?v=3GKa_hrSaho
3 En référence au chant « L’internationale ».


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