L'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux mêmes

La Commune - Pour un parti des travailleurs - membre du courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs ( IVe Internationale)
(ADIDO - 8, rue de la Forêt Noire 34 080 MONTPELLIER)


La dette ? Mais quelle dette ?

Publié le dimanche 25 décembre 2011
Chronique d'une fin de RégimeDire que le pays connaît une crise politique inextricable, c'est rappeler une évidence. Dire que la combinaison de cette crise politique
avec le tsunami économique qui secoue la planète provoquera un séisme social d'une ampleur rarement atteinte n'est plus
vraiment un pronostic mais une prévision hautement probable. Dire qu'au lendemain des présidentielles, tout gouvernement qui
ne rompt pas avec le FMI et l'Union européenne et qui accepte donc le paiement de la dette sera conduit à prendre des mesures
destructrices contre l'ensemble de la population, dans tous les aspects de la vie quotidienne, c'est ce que tout le monde sait ou
pressent. Le brouillage de campagne des candidats les plus en vue ne dupera qu'eux-mêmes
Au lendemain des élections législatives
de 1932, le parti socialiste
posa au Parti radical une
série de conditions à sa participation à
un gouvernement de coalition, dont celle-
ci : la réalisation de l'équilibre budgétaire
par d'autres moyens que la réduction
des dépenses sociales et la réduction
des salaires. Le parti radical, parti
bourgeois jusqu'à la moelle, rejeta cette
condition. C'était le parti pivot de la
III ème république finissante. Dans
son élan, le parti socialiste revendiquait
" le retour à la nation du monopole
privé des assurances ". On
imagine mal François Hollande balbutier
de telles exigences. Ses challengers
de la " primaire ", et
Montebourg au premier chef n'y ont
pas pensé une seule seconde pas
plus que l'autre éminent représentant
de la gauche du PS, Gérard
Filoche qui soutenait Aubry. Leur but,
c'est d'arriver au pouvoir et c'est d'y
arriver en prenant le moins d'engagements
possibles, en dévoilant le
moins possible leurs intentions réelles.
Ils pensent y arriver en prenant appui
sur l'aspiration à chasser Sarkozy. Mais
cette aspiration de la population à en
finir avec Sarkozy à un contenu social
qui n'échappe à personne, elle renferme
la volonté d'en finir avec sa politique
et de le remplacer par un gouvernement
qui prenne des mesures sociales hardies,
à commencer par l'annulation de
la Dette illégitime. Force est de constater
que ce n'est pas cette voie-là que
prend le candidat du PS.

A qui profite la dette ?



Il n'est évidemment pas possible de
démonter le mécanisme de la Dette en
un seul article. Mais quelques rappels
permettent en revanche de démontrer à
quel point elle n'est pas légitime. Citons
tout d'abord le point de vue du Directeur
de la banque d'Angleterre de 1928 à
1941 (Sir Josiah Stamp) : " Le système
bancaire moderne fabrique de l'argent à
partir de rien. Ce processus est peut-être
le tour de dextérité le plus étonnant
qui fut jamais inventé. La banque fut
conçue dans l'iniquité et est née dans le
pêché. Les banquiers possèdent la Terre. Prenez la leur, mais...laissez-leur
le pouvoir de créer l'argent et, en un
tour de mains, ils créeront assez d'argent
pour la racheter. Otez-leur ce pouvoir,
et toutes les grandes fortunes comme
la mienne disparaîtront et ce serait
bénéfique car nous aurions alors un
monde meilleur et plus heureux.

Mais, si vous voulez continuer à être les
esclaves des banques et à payer le prix
de votre propre esclavage laissez donc
les banquiers continuer à créer l'argent
et à contrôler les crédits.
". Autrement
dit : les banques prêtent de l'argent
qu'elles n'ont pas et à cette occasion
créent de la monnaie.

Prenons maintenant le cas de la
France. Jusqu'en 1973, l'Etat empruntait
à la Banque de France qui avait été
nationalisée en 1945. Puis, l'Etat récupérait
les dividendes de sa banque centrale.
Cela revenait à emprunter à taux
zéro et la Dette était alors quasi-nulle.
Répondant aux exigences du Capital
financier, le gouvernement Pompidou-
Messmer fait adopter par l'assemblée
nationale, la loi du 4 janvier
1973 qui interdit à l'Etat d'emprunter
à la Banque de France. Dès lors, la
Dette s'envole. Pour sa part, la CGT
évalue à 1400 milliards d'euros le
montant total des intérêts de la dette
versés aux banques depuis 1973
par l'Etat, soit l'équivalent de l'endettement
actuel de l'Etat ! Un Etat qui
consacre au versement de ces intérêts
appelé " service de la Dette "
près de 38% de son budget, soit l'équivalent
de ce que lui rapporte l'impôt
sur le revenu. Autant dire que les
contribuables financent les banques.


l'Union européenne n'y a pas été de
main morte, elle non plus. Le Traité de
Maastricht que Mélenchon à l'époque
présentait comme " un compromis de
gauche " interdit tout emprunt des États
auprès de leur Banque centrale et de la
Banque Centrale Européenne. (Article
104 du traité) En 2007, l'article 123 du
Traité de Lisbonne stipule : " Il est interdit
à la Banque centrale européenne et
aux banques centrales des États membres,
ci-après dénommées "banques
centrales nationales", d'accorder des
découverts ou tout autre type de crédit
aux institutions, organes ou organismes
de l'Union, aux administrations centrales,
aux autorités régionales ou locales,
aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres; l'acquisition directe,
auprès d'eux, par la Banque centrale
européenne ou les
Banques centrales nationales, des
instruments de leur dette est également
interdite. ". Et en mars 2011, le Pacte
Euro-plus boucle la boucle : " l'accès à
l'assistance financière fournie par le
MES (mécanisme européen de stabilité)
sera accordé sous une stricte conditionnalité
dans le cadre d'un programme
d'ajustement macroéconomique et sur
la base d'une analyse rigoureuse du
niveau d'endettement public supportable,
effectuée par la Commission et le
FMI, en liaison avec la BCE. l'État
membre bénéficiaire devra mettre en
place les modalités appropriées d'une
participation du secteur privé, en fonction
de la situation qui lui est propre
et en totale conformité avec les pratiques
du FMI. ". Ces programmes
d'ajustements, on le sait, préconisent
le recul de l'âge de la retraite et
de lier les salaires à la productivité.
Ce sont des plans d'austérité draconiens
de privatisations, de baisse
des salaires qui plongent les pays
membres de l'Union européenne
dans la misère les uns après les autres.
(Sources : document du " front
syndical de classe " / " La dette, un
hold-up, un outil de domination juin
2011).

Bien entendu, la crise d'ensemble du
système capitaliste ne se résume pas
à la crise de la Dette qui en est un des
effets. Mais si nous considérons tous au
NPA que les travailleurs et la population
ne doivent pas payer leur crise, cela doit
nécessairement nous conduire à inscrire
dans le Plan d'Urgence de notre candidat
Philippe Poutou cette revendication
clé qu' est : annulation totale de la
dette.

l'antilibéralisme n'est rien



Tel n'est pas le point de vue des antilibéraux
qui soutiennent, quant à eux,
qu'il y a " une bonne dette publique et
un bon déficit public qui constituent un
facteur de progrès ". En gros, les dettes
contractées pour financer des investissements
utiles doivent être honorées et
les dépenses fiscales en faveur des
détenteurs du capital et des plus hauts
revenus doivent être assumées par
ceux qui en ont bénéficié. Jacques
Généreux écrit donc pour le compte de
Mélenchon : " on doit faire la part de la
dette légitime qui devra être assumée
par les Etats et la part de la dette illégitime
devra être assumée par ceux qui en
ont tiré profit " et préconise " l'annulation
partielle de la dette publique détenue
par les établissements financiers et
par des prélèvements fiscaux exceptionnels
échelonnés sur plusieurs
années " Une annulation partielle échelonnée
dans le temps, en somme car il
n'est pas question de mettre ces genslà
sur la paille. Et, il n'est pas question
non plus de nationaliser ces établissements financiers. Jacques Généreux le dit très clairement : " on ne peut confier
la création de monnaie et la distribution
de crédits ni au seul Etat ou à une seule
banque publique, ni à des banques privées
guidées par le seul intérêt de leurs
actionnaires " et de proposer " la
refonte du système financier combinant
à terme une seule banque centrale, des
banques publiques et des banques privées
de type mutuelles ou coopératives
". A terme, c'est-à-dire, aux calendes
grecques. Et, le tout, dans le cadre de
l'Union européenne. La leçon à retenir
est la suivante : la population devrait
payer la dette due aux " investissements
utiles " pour lesquels elle a déjà payé des impôts années après années.
Des impôts qui ont servis, comme on l'a
vu, à payer le service de la Dette. La
question qu'élude Généreux est : comment
se fait-il que l'Etat doive emprunter
pour financer des investissements
utiles ? La réponse tombe sous le sens :
il paye, rubis sur l'ongle, le service de la
dette et accorde à tour de bras les aides
financières aux entreprises. Dès lors,
l'Etat doit encore et toujours emprunter,
pour tout et rien. Il n'y a donc aucune
raison légitime de régler les dettes dites
" utiles ". Là encore, les propositions de
Généreux sont bien en deçà de celles
du Parti socialiste en 1936 dont la plateforme
revendiquait : " la nationalisation
des grandes industries-clés et du crédit
". Décidemment, l'antilibéralisme n'est
rien.

(Sources : J. Généreux. Nous, on
peut ! Seuil Septembre 2011)


Nous ne pensons donc pas que la
ligne de fracture dans ce pays soit
ce clivage entre antilibéraux et libéraux.
D'autant qu'il y a désormais
des antilibéraux " des deux rives "
puisque, outre Dupont-Aignan,
Marine Le Pen s'y réfère de plus en
plus. La réelle ligne de partage des
eaux se situe entre ceux qui entendent
défendre les revendications
vitales des salariés, leurs acquis sur
le terrain de la lutte des classes et
ceux qui veulent nous faire payer
plus ou moins " équitablement " la
crise. D'un côté, ceux qui militent pour
un plan d'urgence comportant de premières
mesures anticapitalistes et de
l'autre, des libéraux et des antilibéraux
de toutes sortes, de gauche ou de droite,
qui se cramponnent au système
capitaliste. De ce point de vue, il est
clair que Philippe Poutou ne sera pas
un candidat de plus mais l'interprète
des aspirations anticapitalistes d'un
nombre croissant de salariés, de jeunes,
de chômeurs.

Daniel Petri,

le 12 décembre 2011


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