L'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux mêmes

- La Commune - Pour un Parti des Travailleurs -
membre du Courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs
 ( IV ème Internationale )
(ADIDO - 8, rue de la Forêt Noire 34 080 MONTPELLIER)


Frayeurs et parades

Publié le décembre 2004
Chronique d'une fin de régimeDans les média, dans les états-majors et à l'Élysée, c'est le soulagement, à l'annonce du résultat du référendum interne au PS. Le oui à la Constitution européenne l'a emporté. Dans les cités, les zones rurales, les lieux de travail, on est à des années-lumière de l'auto-satisfaction béate qu'affichent la plupart des dirigeants politiques devant le sacre de Sarkozy, devant l'illusion d'un dénouement heureux de la crise du PS, ou devant la clémence du jugement en appel de Juppé, dont la peine d'inégibilité est passée de dix à un an.Quelques heures avant d'essuyer un revers, Fabius a une crise de lucidité. à propos du couronnement de Sarkozy à la tête de l'UMP, il laisse tomber nonchalamment : " Le parti du Président est pour la première fois dirigé par quelqu'un qui est contre le Président. Cela laisse augurer des turbulences ". Tu l'as dit, bouffi !

l'homme qui valait 5 mil­lions d'euros

Sans surprise, Sarkozy a donc été élu chef de l'UMP par 85 % de ses adhérents. Discours égocentrique, flattant la radicalisation à droite d'une partie des militants de l'UMP, le tout fondu et enchaîné dans un show qui coûtera entre 5 et 6 millions d'euros. Le gouvernement ne va pas assez vite, pas assez loin, chante-t-il sur tous les tons, tantôt mielleux, tantôt fielleux. Il ne réforme pas assez en profondeur, martèle t-il, en roulant des mécaniques, tantôt flatteur, tantôt persifleur. Cela ne va pas sans de nombreux grincements de crocs. Sarko­zy s'étale tant et tant que tous les orateurs ne pourront pas accéder à la tribune. Alliot-Marie et Madelin apprennent in extremisqu'ils ne pourront pas parler, mais qu'ils se consolent, car les interventions de Fillon, Méhaignerie et Gaudin se perdent dans un indescriptible brouhaha, ils parlent dans le vide car, ce jour-là, l'UMP gravite autour de Sarkozy.

Sacrée union !

Face à lui, Chirac joue au gardien des colonnes du temple et, ne pouvant incar­ner l'unité de son clan, il tente d'incarner à nouveau l'unité de la nation ... comme en 2002 ! Dans cette voie, il redéfinit son propre état-major. Ce que Sarkozy a gagné d'un côté en devenant maître de l'UMP, il le perd de l'autre, contraint de laisser la place forte qu'il occupait à la tête du puissant ministère de l'économie. Ce qui permet alors à Chirac de resserrer son dispositif gouvernemental au gré d'un remaniement qui a pour but de renforcer le poids de ses affidés directs et de rendre l'exécutif plus homogène. Mais, pour l'essentiel, Chi­rac va puiser sa force ailleurs, prenant plus directement appui sur les partis traditionnels du mou­vement ouvrier, PS et PCF, et sur les directions syndicales, qui pactisent largement avec les " réformes néces­saires ", allant même au-delà du simple " accompagnement " de ces plans anti-ouvriers, comme l'ont montré, par exemple, les accords sur la formation professionnelle il y a un an et, tout dernièrement, les accords limitant le droit de grève à la SNCF.

Semoule idéologique

Tordons le cou une bonne fois pour toute aux élucubrations de politologues toujours prompts à pédaler dans la semoule idéologique : l'initiative du référendum sur la Constitution européenne prise par Chirac le 14 juillet n'avait pas pour but machiavélique d'affaiblir le PS en attisant ses divisions internes. Le PS est, lui aussi, l'une des " colonnes du temple " évoquées par Chirac, métaphore jetée à la figure de Sarkozy, pris en flagrant délit de revisiter trop pieusement la séparation de l'église et de l'État. Ce temple, on l'aura compris, c'est l'ordre établi, scellé par les institutions de la Vème République, l'ordre sacro-saint des capitalistes et des banquiers, que leur intérêt commun incite à s'enraciner dans la " con­s­truction euro­péenne " fondée sur la concurrence sans frein, la dictature des taux de profit, la rentabilisation-privatisation de tous les services publics et l'éclatement de tous ceux qui ont le mono­pole des acti­vités économi­ques soustraites depuis 1945 au critère de rentabilité immédiate et à la spéculation (pro­­duction et distribution de l'énergie, transports ferroviaires, aériens et maritimes, télécommunications, postes, etc.). Depuis fort longtemps, le PS est acquis à cette intégration européenne capitaliste qui n'a vraiment absolument rien à voir avec l'unité des travailleurs et des peuples de toute l'Europe contre les guerres, contre l'oppression des peuples et l'exploitation des travailleurs. Cette intégration des États dans la fiction d'une Union Européenne est, à l'inverse, un carcan contre les peuples et les classes ouvrières, une machine institutionnelle pour la libre circulation des capitaux et, partant, la libre réduction des coûts du travail salarié, son alignement sur le niveau le plus bas. Mais cet assujettissement complet du PS au cadre de l'Union Européenne ne va pas sans contradictions pour ce parti, dont la base électorale potentielle est ouvrière et populaire et qui doit entretenir la fiction d'une Europe sociale, c'est-à-dire d'une possible atténuation des souffrances des masses dans le cadre de la société capitaliste. La polémique soudaine qui s'est emparée de ce parti à propos du référendum sur la Cons­titution européenne est la manifestation de ces contradictions à une époque où, précisément, la défense de l'ordre établi exige une dégradation sans précédent des conditions d'existence du plus grand nombre, entravant tout soulagement du poids de la pauvreté, de la régression qui pèse sur la population laborieuse. Telle est la rançon de la compétitivité, de la course au rendement maximum des capitaux investis dont la bureaucratie " socialiste " attend un pourboire pour entretenir son train de vie de bien-logée, bien-nourrie.

Un épouvantail en guise de figure de proue

Aussi, le résultat du referendum interne au PS, à savoir 41 % pour le non, n'a rien de la sévère déculottée décrite par les médias, soudain grisées par les 59 % en faveur du oui. Sans oublier les 20 % d'abstentions. Pourtant, la victoire du oui n'était pas écrite à l'avance. Comme le note une journaliste du Parisien (3/12/04) : " Pour la droite, le oui [du PS, NDLR] est d'abord un soulagement ". Et ce même quotidien rapporte que Chirac l'a salué comme une " bonne nouvelle pour l'Europe " devant Gerhardt Schröder. Les uns et les autres en sont quittes pour une belle frayeur. Par ailleurs, " le camp du non " ne pouvait pas être plus mal représenté au sein du PS, dès lors que Fabius s'y est rallié et a voulu en être la figure de proue. Figure problématique s'il en est ! Fabius ressemblait bien davantage à un épouvantail qu'à un leader contestataire. Ses ambitions présidentielles ont contaminé le débat au sein du PS. à telle enseigne que nombre d'hésitants se sont ralliés au oui parce qu'ils rejetaient Fabius, d'abord et avant tout. Le tout, dans les proportions où la base du PS, encadrée par toutes sortes de caciques et de notables " de proximité ", n'est ni préparée, même de loin, à dire non à qui que ce soit de puissant ou d'officiel, ni sérieusement liée aux masses laborieuses et à tous ceux qui souffrent. Aussi, cette " base " très réduite n'enregistre-t-elle qu'avec retard et de façon très frileuse, très déformée, sans les comprendre, les mouvements réels qui s'emparent de la population, ces mouvements au sein des masses qui tendent vers l'abolition de l'ordre existant. Ainsi, les tout derniers sondages enregistraient la progression du non, momentanément stoppée au lendemain du référendum interne au PS. Tant et si bien que, dans l'entourage de Chirac, on se demande s'il ne faut pas faire ce référendum plus tôt que prévu, pour enrayer à temps la progression du non qui inquiète toujours Bayrou, même au lendemain du vote au sein du PS. En attendant, la direction confédérale de la CGT se garde bien de donner la moin­dre consigne de vote, elle qui avait pourtant appelé à voter nonà Maastricht en 1992. Quant à François Hollande, dont la position personnelle semble renforcée, il appelle solennellement Chirac " à organiser le référendum en le déconnectant de tout enjeu de politique intérieure et en le protégeant de toute tentation d'instrumentalisation qui lui serait fatale " pendant que son épouse, Ségolène Royal, simple partage des tâches, pérore : " Aujourd'hui, c'est Chirac qui s'apprête à voter comme les socialistes ". N'est-ce pas une façon d'avouer, assez bêtement d'ailleurs, que les socialistes avaient voté comme Chirac ... En 2002 ? Mais, pour revenir sur les propos plus sérieux de son époux Hollande, celui-ci nous rejoue le même couplet qu'en mai 2002, quand il suppliait Chirac de ne pas récupérer pour son propre compte les 82 % que PS et PC, flanqués des verts et de la LCR, lui avait apportés comme sur un plateau. Hier, au nom de la lutte anti Le Pen. Aujourd'hui, au nom de l'Europe éternelle (comme si le chauvinisme " européen " valait mieux que le chauvinisme franchouillard !).

C'est reparti comme en 2002 !

Aujourd'hui comme hier, Hollande soutient Chirac. Et, aujourd'hui comme hier, Chirac s'appuie sur le PS comme sur une de ses béquilles. Pendant ce temps-là, Juppé, que l'on nous présente comme littéralement réanimé après l'atténuation de son jugement en appel, doit néanmoins rendre son tablier de maire de Bordeaux et se trouve condamné, définitivement cette fois. " Je n'arrive pas à partager l'allégresse de mes amis. Je suis condamné ", s'étrangle t-il. Il bredouille vaguement qu'il n'exclut pas de " remonter en selle ". Mais qui donc viendra lui dire : " lève toi et marche ", après tout ça ? l'allégresse des " amis " de Juppé, les parades de Sarkozy et le lyrisme trivial des supporters de Hollande ou Jospin tranchent catégoriquement avec l'angoisse sociale de la masse des gens et la révolte qui les anime devant tout ce qui se passe et, entre autres, vis-à-vis de tout ce que charrient les moeurs politiques de ce Régime de la VèmeRépublique, en termes de mensonge, de mépris, de corruption et de bêtise.

Voir aussi dans la catégorie Chroniques d'une chute de Régime
Cruauté sociale et effondrement politiqueCruauté sociale et effondrement politique

Il s’appelait Laurent. Il avait 36 ans, il était neurochirurgien en pédiatrie au CHU de Grenoble. Il avait encore la vie devant lui et la passion de son art. Il vient de se donner la mort, ce 4...

Pour chasser le tyran au pied d’argilePour chasser le tyran au pied d’argile

Si on se place du point de vue des institutions de la Ve République et de sa logique de « pouvoir personnel » du président, Macron est le mauvais homme, au mauvais moment. Ce n’est pas une...

La société si vile est mal partieLa société si vile est mal partie

61% d’abstentions, votes blancs et nul. Voilà le verdict final des élections. Sans appel. Ceux qui feignent de ne pas voir finissent par ne plus voir. Nous ne démentirons pas Mélenchon sur ce...

Fuite en avant par ordonnancesFuite en avant par ordonnances

« Mais suis-je pas bien fat de vouloir raisonnerOù de droit absolu j’ai pouvoir d’ordonner ? — (Molière, Sganarelle)Macron, avons-nous dit, est illégitime parce que minoritaire et...

Effondrement en coursEffondrement en cours

Sous les coups de boutoir de la lutte des classes, complètement désarticulé depuis le mouvement du printemps 2016 contre la loi El Khomri, le régime réactionnaire de la Ve République est...

« Le rendez-vous manqué »*« Le rendez-vous manqué »*

Le caractère extravagant de cette campagne présidentielle concentre tous les aspects de la crise de régime, de la crise des partis, de la crise de représentation politique, qui marquent la...



HAUT