L'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux mêmes

- La Commune - Pour un Parti des Travailleurs -
membre du Courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs
 ( IV ème Internationale )
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Une nationalisation historique

Publié le mercredi 30 avril 2008
Venezuela : la nationalisation de l'aciérie SIDORLe 9 avril, le gouvernement vénézuélien a annoncé la nationalisation de l'immense aciérie SIDOR, dans l'état de Bolivar. Cette nationalisation est un événement d'une très grande importance pour la révolution vénézuélienne, et une indication de la direction qu'elle devrait prendre. SIDOR n'est pas une petite entreprise en faillite : c'est le seul producteur d'acier du pays et le quatrième en Amérique latine. SIDOR avait été privatisée en 1997.Cette décision a été prise alors que la multinationale italo-argentine Techint refusait obstinément d'améliorer les conditions de travail des salariés. Les travailleurs de SIDOR ont lutté pendant 15 mois pour améliorer leurs salaires, leurs conditions d'hygiène et le niveau des retraites, qui sont inférieures au salaire minimum. Ils demandaient aussi l'intégration dans les effectifs des 9 000 salariés en " sous-traitance " sur les 15 000 travailleurs de l'usine.

15 mois de luttes

Lorsque Chávez avait appelé à " nationaliser tout ce qui a été privatisé ", en janvier 2007, les travailleurs de SIDOR avaient demandé la nationalisation de leur entreprise. Mais sous la pression du gouvernement argentin de Kichner, un " accord " avait été trouvé : l'entreprise devait vendre sur le marché intérieur à des prix préférentiels sans nationalisation. Cependant, la direction de l'entreprise refusait d'améliorer les conditions de travail. Après 15 mois de négociations infructueuses, les travailleurs se sont engagés dans une série de grèves ponctuelles en janvier, février et mars 2008.Le ministre du Travail, José Ramon Rivero, a tenté d'imposer un accord aux travailleurs. Puis on a lancé contre eux la Garde nationale, le 14 mars, pendant une grève. Il y a eu plusieurs salariés arrêtés et de nombreux blessés. Après cette répression brutale, le ministre du Travail a insisté pour qu'un référendum soit organisé sur la base des propositions de la direction. Les travailleurs ont rejeté le projet de référendum et ont organisé leur propre consultation. Le 3 avril, ils ont mandaté leur syndicat pour poursuivre les négociations par 3 338 voix contre 65. Puis, le 4 avril, ils se sont mis en grève pour manifester jusqu'à l'Université de Bolivar, et demander à Chávez qui assistait à une cérémonie officielle d'être entendus. Chávez est alors intervenu.
Nous reproduisons ci-dessous de larges extraits de la déclaration faite à l'annonce de la décision de Chávez (reproduit par la revue Revista de América dont La Commune est partie prenante).

" Nous défendons la décision de Chávez de renationaliser SIDOR

Un triomphe historique des travailleurs et du processus révolutionnaire

Des millions de travailleurs et les masses populaires du continent ont accueilli avec une immense allégresse la renationalisation de SIDOR au Venezuela. Cette décision, est sans aucun doute un nouveau pas en avant contre le pouvoir des multinationales sur nos richesses et nos ressources. Le groupe Ternium-SIDOR s'enrichissait depuis plus de dix ans au Venezuela sur la base d'un système de surexploitation de ses ouvriers, après avoir précarisé plus de 60 % des travailleurs de l'usine. Cette situation injustifiable avait atteint l'inacceptable, les ouvriers fatigués de cet état de fait se sont dressés avec force pour dire " ça suffit ", revendiquant un nouveau contrat collectif avec des conquêtes nouvelles, mais aussi mettant en avant la nécessaire récupération pour le pays de cette principale entreprise sidérurgique.

Il est évident que la décision du Président Chávez a amené deux réactions opposées parmi les travailleurs et le peuple bolivarien ; c'est une atmosphère d'allégresse et de fête pour l'énorme triomphe obtenu, dans tout le pays l'état d'esprit général de la base bolivarienne s'est affermi et se pose dès lors la question de nouvelles conquêtes. Tandis que parmi les porte-parole de la bourgeoisie et les gouvernements de Lula et de Cristina Kirchner règne une grande inquiétude. Ce qu'ils veulent ce sont des modèles économiques qui permettent aux grands groupes multinationaux de pouvoir agir en toute liberté afin d'augmenter leurs bénéfices quelle que soit la façon d'y arriver. Et cette décision va à l'encontre de cette nécessité capitaliste
. [...]

Victoire des masses

De plus, la solution positive du conflit à SIDOR soulève des enseignements majeurs pour tout le continent et pour le processus révolutionnaire bolivarien lui-même. D'un côté, il montre la force des travailleurs et du processus bolivarien ; c'était un combat difficile en raison de la puissance de l'entreprise multinationale et de la politique du Ministre du travail qui agissait contre les ouvriers de SIDOR. Ils ont dû affronter tous les types de pressions, d'attaques, de répression et de campagnes médiatiques dirigées contre eux. Mais rien de tout cela n'a permis de freiner la volonté de changement et la ferme résolution des travailleurs. Et cette force a été soutenue par les délégués et les militants du Parti Socialiste Unifié de Venezuela, par d'autres organisations syndicales, par les conseils communaux et les autres secteurs sociaux qui sont partie prenante du processus révolutionnaire.[...]

Défaite de la bureaucratie

Conséquence de cette intervention énergique de la base, la politique du Ministre du travail a été défaite. Le Président Chávez, a pris correctement parti en faveur des travailleurs, reflétant dans sa décision de renationaliser SIDOR le sentiment des centaines de milliers qui dans tout le pays espéraient cette mesure que nous saluons. Immédiatement, les gouvernements du Brésil et de l'Argentine ont commencé à faire pression pour que l'on revienne sur cette annonce. Nous soulignons, un au­tre fait positif, que jusqu'à aujourd'hui le gouvernement bolivarien n'accepte pas ces pressions et continue dans la voie de sa décision souveraine de récupérer son industrie sidérurgique, laquelle devrait être prolongée par la proposition selon laquelle dans la nouvelle gestion de l'entreprise, les travailleurs jouent un rôle dirigeant, qui s'exprime dans le contrôle ouvrier de l'entreprise aux côtés de l'état.

Dans le même temps, et comme une autre expression du triomphe de cette lutte, le Ministre de travail a fini par tomber, lui qui s'était converti en fer de lance des attaques contre les travailleurs. [...]

Le triomphe contre la multinationale a des conséquences profondes et positives. Après la défaite du référendum du 2 décembre, s'était ouverte une période de confusion sur le cours à suivre, et parallèlement des secteurs bureaucratiques enkystés dans l'appareil d'état profitaient de cette situation pour renforcer leurs positions et leurs tentatives de freiner le processus. La lutte de SIDOR change la situation politique et donne un cours nouveau et de l'oxygène aux centaines de milliers de gens qui veulent approfondir le processus révolutionnaire. Et cela confirme que les courants opportunistes qui ne croient pas en la nécessité de prendre de fortes mesures politiques en soutien à la mobilisation ont tort, autant que les courants sectaires qui s'interdisent d'intervenir dans le processus concret et dans les organisations du mouvement bolivarien alors qu'il est évident qu'il existe un processus vivant et en développement avec d'énormes possibilités d'avancer. Un tel élan et audace permettent ainsi de combattre et défaire les secteurs les plus bureaucratiques et réactionnaires


Renforcer la Révolution

Aujourd'hui, grâce à ce triomphe, les accusations contre la bureaucratie seront plus dynamiques, le débat à l'intérieur du PSUV va s'approfondir et certainement le peuple va exiger des solutions aux problèmes sociaux qui ne peuvent perdurer. Maintenant on vient d'annoncer la formation de " la mission du 13 avril " pour affronter le drame du manque de logements qui existe au Venezuela. La renationalisation de SIDOR et de certaines cimenteries est une base concrète pour le développement de plans nationaux, débattus avec les travailleurs, avec les conseils communaux et avec le PSUV, pour attaquer frontalement ce problème social crucial. En conclusion, il y a des conditions objectives et des forces pour avancer et le peuple accompagnera Chávez s'il fait de nouveaux pas vers l'approfondissement du processus. Pour poursuivre dans ce sens, il faut des changements profonds dans le système financier. Ce doit être l'autre mesure pour renforcer la révolution bolivarienne. Nous entrons dans un moment distinct de la lutte des classes au Venezuela, où le processus révolutionnaire se renforce et où les forces de l'impérialisme, de la grande bourgeoisie et de la bureaucratie sortent plus affaiblies. Et ceci se répercute aussi sur l'Amérique du Sud, du fait de la sympathie et de l'espoir que des millions ont dans le processus bolivarien. Au Venezuela nous soutenons avec enthousiasme toutes celles et tous ceux qui désirent approfondir la révolution, en particulier " Marea Socialista ", courant du PSUV qui a joué un rôle reconnu et dirigeant dans ce triomphe. Et, sur tout le continent, nous appelons à défendre cette décision souveraine de Chávez et du peuple Bolivarien. Face à toute attaque de l'impérialisme et de la grande bourgeoisie latino-américaine, il est nécessaire de montrer qu'il existe une autre voie possible pour surmonter la pauvreté et l'exclusion sociale dont souffrent nos peuples. Nous exigeons des gouvernements de notre continent, en particulier ceux d'Argentine et du Brésil, que la décision souveraine de nationalisation ne soit ni boycottée ni sabotée. Ce dont il s'agit, c'est de prendre des mesures politiques similaires, car il est nécessaire de récupérer tous les secteurs stratégiques de l'économie pour les mettre au service des besoins populaires. Cela permettrait d'ouvrir un chemin de souveraineté et d'indépendance. Cela déboucherait sur la nécessaire seconde indépendance par rapport à l'impérialisme de notre continent, et vers un futur socialiste en Amérique latine. "

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