L'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux mêmes

- La Commune - Pour un Parti des Travailleurs -
membre du Courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs
 ( IV ème Internationale )
(ADIDO - 8, rue de la Forêt Noire 34 080 MONTPELLIER)


"Riches et presque décomplexés"

Publié le novembre 2008
Notes de lecture : entretien avec Jacques CottaJacques Cotta est certes un journaliste de renom. Mais, au contraire de nombre de ses confrères, il a trempé sa plume dans l'encrier de la dénonciation implacable d'une société basée sur l'exploitation et l'oppression. Et il voit juste.Dans son précédent livre, "7 millions de travailleurs pauvres", il décrivait la réalité quotidienne de ces salariés qui travaillent mais qui ne gagnent pas assez pour se loger et se soigner. Une situation qui n'est pas, et de loin, réservée aux USA mais qui est celle de millions de travailleurs français et européens et que la crise actuelle va encore aggraver. Nous avions salué ce livre comme nous saluons cet autre tant il est lui aussi indispensable aux militants. Entretien avec l'auteur avec lequel nous partageons le diagnostic et la conclusion.
Après ton livre " 7 millions de travailleurs pauvres la face cachée des temps modernes ", pourquoi ce nouveau livre, " Riches et presque décomplexés " ?

Cette nouvelle enquête m'a semblé naturelle, d'abord parce que la pauvreté qui s'accumule à un pôle de la société est en relation avec la richesse dont bénéficie un petit nombre à l'autre. Il fallait donc y aller voir de plus prés. Ensuite parce la crise financière et économique était déjà présente avec l'affaire des subprimes aux USA. Sa cause est dans le surrendettement des américains, un modèle que le président Nicolas Sarkozy présentait comme devant être suivi par les français...

Justement, ton livre sort en pleine tourmente économique et financière. Ta description du cynisme des riches prend du coup un éclairage encore plus fort, non ?

Il est très surprenant de voir les hommes politiques ou les responsables économiques afficher leur étonnement devant l'ampleur de la crise économique et financière. Tout cela était prévisible et découle du capitalisme lui-même. Pour réaliser toujours davantage de profits, patrons et investisseurs ont plusieurs cordes à leur arc. D'abord ils tirent les salaires à la baisse. Ou bien ils cherchent à augmenter le taux de rendement. Ou encore à écouler toujours davantage de marchandises. Mais cela a des limites inscrites dans les rapports de classes. Ils cherchent donc à faire de l'argent avec de l'argent, spéculent, et produisent les conditions de la crise et de l'explosion. J'avais participé dans les années 2000 à un sommet de " Hedge fund ", ces fonds très spéculatifs, où était déjà évident que tout le monde dans la finance et le monde de la fortune cherchait à se doper à des rendements sans limite, de 15, 18, 20%. Tout le monde le savait, et cela ne pouvait qu'exploser.

Tous les intervenants parlent de recettes pour sauver le système...

Il est en effet étonnant d'entendre les politiques affirmer qu'il faut moraliser le capitalisme alors que cette crise est l'expression même du capitalisme. Les faits eux-mêmes et leur déroulement indiquent que le capitalisme n'est pas moralisable. Cette crise économique et financière n'est pas un accident mais une crise de système. C'est là le premier élément qui se dégage de mon ouvrage.

Un second élément qui y est mis en évidence, dans la continuité de mon ouvrage sur " 7 millions de travailleurs pauvres ", c'est que l'appauvrissement de la majorité de la population est en relation avec l'enrichissement d'une minorité. Ainsi, à titre d'exemple, les revenus des 3500 foyers les plus fortunés en France ont progressé en 7 ans, de 1998 à 2005, de 42,6%, soit un taux de croissance annuel de 5,2% tandis que, dans le même temps, la progression du revenu des 90% de foyers les moins riches n'a été que de 4,6%, soit un taux annuel de croissance de 0,6%.

Troisième élément qui se dégage du livre, c'est l'arrogance et la démesure de ce milieu social. J'ai pu constater dans mon enquête que s'ils se sentent entre eux, les " riches presque décomplexés " se lâchent et tiennent des propos incroyables que l'on retrouve par exemple dans le chapitre concernant la foire des millionnaires à Courtrai. Par contre, dès que tu leur opposes la réalité des faits (plus de 7 millions de travailleurs pauvres), ils la nient. Ou alors font preuve d'indécence. Ils mettent en cause pour expliquer les difficultés générales les 35 heures, les cotisations sociales qu'ils appellent les " charges ", le rôle de l'Etat, ou encore la loi....

Quatrième élément qui ressort de cette enquête, la complicité de directions syndicales avec le monde patronal. l'intervention de François Chérèque devant un parterre de patrons est édifiante. J'ai pu y participer et je le raconte, alors qu'il avait demandé une réunion à huit clos, hors la présence de tout journaliste. Il y explique notamment, à mots couverts, que Thibault n'est pas loin de ses positions, mais qu'il doit composer avec une base différente.
La bourgeoisie a donc ses lieutenants haut placés au sein des appareils syndicaux. Il explique qu'il faut poursuivre le travail jusqu'au bout sur les retraites, et une série d'autres points tout aussi inouïs...

Enfin, au regard de la crise actuelle, il y a le caractère provocateur de cette richesse qui s'étale et l'impunité dont elle jouit. Lorsque Nicolas Sarkozy annonce un plan de 370 milliards pour sauver les banques, il indique qu'il faut que les fonctionnaires aient de la retenue. Il en appelle au sens du sacrifice général alors que les banquiers et les spéculateurs aujourd'hui bénéficient de ses largesses comme hier sa base électorale a pu jouir du bouclier fiscal... Il y a de ce point de vue un accord pratiquement total avec les responsables de la gauche. Nul n'a demandé que " pas un sou ne soit versé aux banquiers et spéculateurs ". Nul ne se bat pour " pas un licenciement ", pour une " hausse des salaires " seule susceptible de faire repartir la consommation... Il y a même l'ancien ministre socialiste, aujourd'hui patron du FMI, Dominique Strauss Kahn qui préconise les " nationalisation temporaires ". Il fallait oser, et lui a osé. Cela signifie en effet que si tu es riche et que tu perds, c'est la collectivité qui paie pour toi, pour éponger tes dettes, par contre si des profits sont à faire, on privatise à nouveau pour permettre aux gros actionnaires de se remplir les poches.

Il y a donc deux poids et deux mesures ?

C'est le moindre qu'on puisse dire. Meilleur exemple, la sécurité sociale. Elle est menacée par les fameux 11 milliards de déficit, après que les employeurs ont bénéficié depuis les années 80 de plus de 200 milliards d'exonération de cotisations, que Nicolas Sarkozy débloque 370 milliards pour les banques et les spéculateurs. Il s'agit donc bien d'un choix politique, et pas de questions techniques.

Comment expliques-tu l'attitude de dirigeants syndicaux tels que François Chérèque ?

La plupart des forces politiques ou syndicales déterminent leur orientation à partir des critères qu'impose Bruxelles et la construction européenne pourtant rejetée par le peuple le 29 mai 2005 mais imposée au congrès de Versailles par l'union de l'UMP et d'une grande partie du PS. Ainsi, la participation des principales organisations syndicales à la Confédération Européenne des Syndicats est une forme de collaboration car y sont notamment remis en cause les services publics, les régimes de retraite, la sécurité sociale, les salaires...

Quelles perspectives politiques vois-tu dans la crise actuelle ?

Dans la situation actuelle, et alors même que depuis un an on compte 836 travailleurs pauvres en plus par jour, il faut prendre des mesures qui renouent avec les revendications et acquis de l'après guerre : nationaliser les banques sans indemnisation ni rachat des gros actionnaires, renationaliser les grands secteurs industriels, stopper les privatisations, défendre la sécurité sociale et garantir sa pérennité et son extension, abroger toutes les dispositions ayant affaibli la protection sociale. Une telle politique nécessite une rupture totale avec les traités européens et implique une réappropriation de notre souveraineté. S'inscrire dans la construction européenne est une impasse, à laquelle n'échappent pas les partis de gauche, du PS au PCF en passant par le NPA.

Propos recueillis

par Pierre-Yves Chiron

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