L'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux mêmes

- La Commune - Pour un Parti des Travailleurs -
       
( IV ème Internationale )
(ADIDO - 8, rue de la Forêt Noire 34 080 MONTPELLIER)


Un « parti ouvrier » contre les « Gilets jaunes »

Publié le dimanche 13 janvier 2019
DE LA MAUVAISE FOI EN GENERAL ET DE LA « TCI -POid 1 » EN PARTICULIER
Un « parti ouvrier » contre les « Gilets jaunes »

Avant-propos

L’article qui suit a été rédigé courant décembre. Nous avons bien fait d’attendre de la mettre sous presse car, ce 4 janvier, le bureau national du POid a fait un communiqué contre la répression des manifestations. Ce bureau national aura mis 8 semaines avant de prendre finalement position ! Mais, pas au point d’exiger l’amnistie générale de tous les manifestants gilets jaunes, syndicalistes, lycéens condamnés. Il est circonscrit aux « travailleurs, jeunes, militants »

Même si cela va sans dire, précisons tout de même que le débat est nécessaire sur le phénomène « gilet jaune ». Nous pouvons comprendre que des courants, des militants soient partagés ou pas d’accord avec cette mobilisation, craignent une « récupération » fascisante, ce que, nous, nous ne pensons pas. Les dirigeants du « Parti ouvrier » et une partie de ses membres investis sur les réseaux sociaux, quant à eux ne cherchent pas à débattre, ils assènent, invectivent, amalgament, prennent tout le monde de haut et, nous l’avons dit, se placent « du côté du manche ». Aussi pénible cela soit-il, on ne peut pas ne pas répondre à leur CAMPAGNE, d’autant plus qu’elle est menée au nom du Drapeau rouge, agité comme …un chiffon rouge.

Quelqu’un leur rappellera-t-il que le drapeau rouge, autrefois, a été utilisé contre les ouvriers berlinois en juin 1953, contre les conseils ouvriers hongrois en 1956, du côté des chars ? Non, le drapeau rouge n’est pas une marque de lessive qui laverait plus blanc, c’est « l’étendard sanglant levé», c’est le drapeau des révoltes et des révolutions, pas un « label » !

« Que cela plaise ou non »

Le 9 janvier, Daniel Gluckstein, dans la Tribune des travailleurs, fait savoir que le POid et son journal « sont la cible d’attaques diverses ». ainsi est-ce, lorsque l’on dit ce que l’on pense d’une position politique par ailleurs assez « attaquante », nous « attaquons » le POid et sa tribune des travailleurs. Cette position politique, nous la combattons effectivement sur le terrain politique et expliquons pourquoi. Nous aurions préféré en débattre, mais ce n’est pas nous qui avons choisi le terrain fielleux où Daniel Gluckstein s’est engagé avant même « l’acte 1 » en gilet jaune.

« Quand ils ne se réfugient pas dans l’anonymat, leurs auteurs ont un point commun : « naguère, partisans de la lutte de classes, du mouvement ouvrier et de la démocratie politique, ces convertis au « gilet-jaunisme » proclament que partis et syndicats appartiennent à un monde définitivement disparu ». C’est la bonne vieille technique dite de l’Homme de paille qui consiste à prêter à ses adversaires du moment des points de vue qui ne sont pas les leurs. C’est d’autant plus pratique lorsque l’on ne désigne pas ces adversaires nommément (puisque tous, semble-t-il, ne se réfugient pas dans l’anonymat).

N’étant pas partisans de la « Démocratie politique » mais de l’État-commune, « forme pratique enfin trouvée de la dictature du prolétariat » comme disait Engels, nous n’avons pas lieu de nous sentir visés.

Nous savons dans quelle crainte se débat Daniel Gluckstein : que les Gilets- jaunes, aidés par « ceux qui mènent campagne contre notre journal » transforment les syndicats en appendices de leur « mouvement »’ et que les syndicats s’y dissolvent. Une crainte qui peut se comprendre, dans l’absolu…sauf si elle sert à couvrir Martinez, le véritable agent dissolvant de la CGT.

Sur les réseaux sociaux, certains militants du POid-TCI sont plus cash, comme celui-ci qui affirme : « je soutiens la position de classe de martinez qui refuse de diluer la CGT dans un mouvement qui réclame la fin du salaire différé ». Il a pris pour argent comptant une accusation de Martinez, clamant que les Gilets-jaunes étaient vent debout contre les cotisations sociales (que Martinez ne défend pas, par ailleurs !). Un mensonge de plus dans la chaîne des mensonges montés contre la mobilisation en gilet jaune.

Nous nous excusons d’avance de la longueur de cet article mais il est difficile d’être bref face à ces drôles de croisés.

Au nom du drapeau rouge…

Au nom du drapeau rouge, au nom de « l’indépendance de classes », la Tendance communiste internationaliste (TCI), s’est dressée contre la mobilisation en gilet jaune avant même le 17 novembre.

Une partie des militants de ce courant a aussitôt dénoncé les « gilets jaunes » sur les réseaux sociaux.

La Tribune des travailleurs qui sert d’hebdomadaire à ce courant a mené campagne pendant près d’un mois contre cette mobilisation et avant même le 17 novembre.

Nous n’avons pas manqué de dire ce que nous en pensions, dans nos publications et sur les réseaux sociaux, puisque ce courant se veut « trotskyste » (souvent à demi-mot) et prétend être le parti ouvrier « en construction ».

Nous ne sommes évidemment pas les seuls militants ou groupes à avoir été particulièrement choqué par l’attitude présente du POid-TCI.

Ce 12 décembre, la TT réagit à ces critiques dans un vibrant appel aux lecteurs :

QUEL « LIBRE-DEBAT », celui qui EXclut ?

« Depuis trois semaines, quelques individus, dont la principale caractéristique est d’être des ex- ex militants, ex-partisans du trotskysme, ex-tout court, s’acharnent à dénoncer sur les réseaux sociaux notre journal, coupable d’avoir affirmé que « rouge est le drapeau des travailleurs » et d’en avoir appelé au développement de « lutte des classes classiques »

Évidemment, ces « tribunards » n’ont pas été critiqués pour cette raison là – PURE MAUVAISE FOI FIELEUSE

[ Page 1 de la « tribune des travailleurs » du POid – du 12 décembre 2018 ]




Bien entendu, nous ne sommes pas tenus de nous sentir visés. Les « tribunards », en ne citant nommément ni individus ni groupements, ne s’exposent pas à un droit de réponse. La méthode des insinuations successives, des interrogations feintes est presque une seconde nature chez ces rhéteurs.

Cette méthode caractérise leur mauvaise foi politique et leur géométrie variable.

Concédons-leur une chose : ce qui se produit en France n’est pas de la lutte de classes « classique ».

Ce qui s’est produit il y a un an en Catalogne n’était pas non plus de la lutte de classes classique.

La lutte de classes « classique » ou « pure » n’existe en fait que dans les rayons de leur épicerie politique.

Dans les jours qui avaient précédé l’acte 1 des gilets jaunes, Martinez avait dénoncé une opération de l’extrême-droite.

Très vite, la TT lui avait tout simplement emboîté le pas…

Les dirigeants de la TCI se sont livrés en interne à une véritable opération de BOURRAGE DE CRANE, n’hésitant pas à tracer des parallèles entre l’Allemagne des années 30 et le moment présent que nous vivons en France. Pur brouillage, mais nous ne nous contenterons pas ici de l’affirmer. Voilà qui nous oblige à parler de ce qu’est, selon nous, le fascisme.




Rappel sur le fascisme

Nous avons pu nous procurer les bribes d’un document de la TCI.

(Voir : annexe 1)

Nous y lisons :

– Pour autant, tous ceux qui participent au mouvement des gilets jaunes ne sont pas des fascistes, nous objecte-t-on parfois. Bien évidemment !

Une très grande majorité ne l’est pas.

Le phénomène n’est pas nouveau : l’ouvrier allemand au chômage, désespéré par la politique des directions du mouvement ouvrier et écrasé par la politique de l’impérialisme à travers le traité de Versailles, qui se joignait aux manifestations du parti de Hitler dans les années 1930-1931 n’avait certainement ni en tête, ni en objectif l’extermination de 6 millions de juifs dans les camps et la mort de 30 millions de personnes dans la guerre dix ans plus tard.

Mais le fait est qu’il était entraîné sur un terrain qui conduisait à cela.

Eh oui, rien de nouveau sous le soleil ! L’Histoire ne serait bonne qu’à « repasser les plats » en somme.

Nous voilà en effet projetés d’un seul coup près de 90 ans en arrière… Ainsi, tels des somnambules, des centaines de milliers de femmes et d’hommes glisseraient sur « le terrain » qui « conduit » à la noire réaction, à la barbarie exterminatrice.

Prudents et tatillons, ces oracles tribunards ne disent pas que la France serait entrée dans une période de montée du fascisme, ils l’insinuent, ils l’instillent.

Or, nous n’avons rien à apprendre à ces dirigeants « ouvriers » sur la spécificité du fascisme par rapport aux autres formations autoritaires y compris « corporatistes ».

Par contre, nous réagissons face à ceux qui désapprennent à leurs militants, qui amalgament les retraités, salariés en gilet jaune de nos jours, avec les ouvriers et chômeurs allemands qui « se joignaient aux manifestations du parti d’Hitler ».

Comme de juste, le « libre débat » (formule chère aux tribunards) sur le moment présent : montée du fascisme, situation pré-révolutionnaire ou situation révolutionnaire (comme nous le pensons depuis bientôt 2 ans) est toujours utile et instructif. Comme disait Pierre Lambert dans ses meilleurs moments, la politique est un art qui certes s’élève sur des bases scientifiques et non une science exacte, de même que la médecine. Un art qui, en outre, n’obéit pas à l’empirisme et ses variantes éclectiques et encore moins à la mauvaise foi qui arrange les faits à sa manière, pour se justifier.

Le débat sur la « nature » de la mobilisation en « gilet jaune » est lui aussi nécessaire pour comprendre et agir, agir et comprendre. Comme disait Jaurès, à ses bonnes heures : « l’action sans la réflexion, c’est la brutalité et l’inertie »…

Nous en appelons tout autant à Lénine qui, en 1922, enseignait ceci à ses camarades et aux générations à venir :

« L’homme intelligent n’est pas celui qui ne fait pas de fautes. Ces gens-là n’existent pas et ne peuvent pas exister. Celui-là est intelligent qui fait des fautes et qui sait les corriger facilement et vite. »3 .

La particularité du fascisme

Hélas, la mauvaise foi va à l’encontre de l’intelligence politique des plus instruits, des plus érudits, même ceux qui ont lu l’intégralité du Capital de Marx et étudié la Logique de Hegel.

Elle ne porte qu’un seul fruit : le suivisme d’une partie de la base de la TCI qui délègue sa confiance à « ceux qui savent », afin – qui sait – de « ne pas céder à la pression »… Délivre-nous de la tentation et ainsi soit-il, en quelque sorte.

Qui sont « les autres » ?

Les fameux EX, formule qui est une sorte d’acte manqué car ces EX sont, le plus souvent…des Exclus sur commande de l’érudit Gluckstein (exclus du courant lambertiste, en 1984 ou mis à l’écart et poussés à la démission en 1989 ou comme les fondateurs de notre courant (dont notre dirigeant Pedro Carrasquedo) pour « rupture du centralisme démocratique de BONNE FOI » en 1992.

Nous ne sommes pas rancuniers, mais nous avons de la mémoire…

Mais revenons à la spécificité du fascisme.

Tout d’abord, historiquement parlant, le fascisme s’est développé à partir de situations révolutionnaires épuisées. Ce fut le cas en Italie puis en Allemagne, ou si l’on préfère, des occasions révolutionnaires manquées : en Italie, le fantastique mouvement des grèves avec occupation d’usine, au lendemain de la guerre de 14-18 n’avait pas été saisi pour renverser le pouvoir capitaliste. En Allemagne, en octobre 1923, l’insurrection échoua du fait d’une série d’hésitations. Cela a donné la montée du fascisme en Italie et quelques années plus tard, la montée du nazisme en Allemagne.

Il n’en reste pas moins vrai que, si tous les régimes fascistes sont des dictatures, toutes les dictatures ne sont pas des régimes fascistes.

La particularité du RN-FN

De même, tous les « partis » d’extrême droite ne sont pas « fascistes ». Ainsi, lorsque l’on y regarde de près, le FN n’est pas un parti fasciste et, pour les raisons qui ont présidé à son apparente montée, ne pourra probablement pas être le creuset d’un parti de type fasciste.

D’une certaine façon, le FN a freiné, en la canalisant, toutes les velléités de la « fachosphère » d’aller vers un parti fasciste, y compris en la « réprimant ». Le FN a été un instrument et un jouet entre les mains des gouvernements successifs et des partis « institutionnels », il a finalement été tué par son propre créateur et leader « charismatique », le vieux Le Pen.

En 1986, Pierre Pauty, ancien membre fondateur du FN, expliquait :

" le FN n’est plus qu’une faction - conservatrice, bigote et cocardière - parmi d’autres factions politiciennes... Condamné par sa faute à prospecter prioritairement dans le milieu estimable mais minoritaire qui regroupe chaisières de Romorantin, demi-soldes de l’OAS, petits commerçants poujadistes en difficulté et derniers vestiges de la droite vichyssoise,... Le FN risque fort de plafonner au score qui est présentement le sien... De deux choses l’une: ou bien le FN, pour des raisons qui nous échappent, s’obstine dans ses choix rétrogrades en matière d’économie, de social, d’enseignement, de fonction publique, d’Etat, etc. et il perd à jamais les chances
qu’il pouvait avoir de rassembler les Français (...) ou alors, il se débarrasse de ses tristes oripeaux reagano louis philippards, revient à des conceptions raisonnables (...) et alors il peut devenir cette grande force de salut national que le pays, pour l’heure, attend encore " [ cité dans Le Monde/ 25 avril 1986]

Voilà ce qu’écrivait ce Pauty dans le Monde…Il y a plus de trente ans !

Dans la vraie vie, le RN – FN s’intègre au régime de la V° République et à l’UE, il défend les institutions de cette fausse république. Il n’est pas en capacité de provoquer des rassemblements de masse et encore moins de former ses « sections d’assaut », pas même des « comités d’usagers » contre les cheminots en grève. De plus les banques renâclent à prêter de l’argent à ce « parti fasciste… en voie de cristallisation » 4 depuis plus de 30 ans !!!

Le RN, formation xénophobe qui a effectivement été créé par des fascistes, puis propulsé, comme chacun sait par feu-Mitterrand, est d’abord et avant tout l’épouvantail utile du pouvoir.

« Souder l’unité de la petite bourgeoisie au moyen de la haine pour le prolétariat. »

Andrès Nin le soulignait :

« la mise en oeuvre de méthodes dictatoriales et répressives ne constitue pas l’unique trait caractéristique du fascisme . ». Le trait essentiel étant : « la répression acharnée contre le prolétariat (destruction des organisations ouvrières par des procédés "plébéiens", selon la juste expression de Trotsky, mesures d’extrême violence, allant jusqu’à la destruction physique, contre les militants ouvriers, suppression des acquis de la classe travailleuse, établissement d’un régime d’esclavage dans les usines, etc..) » ;

« L’utilisation, comme base du mouvement, de la petite bourgeoisie urbaine et rurale et des éléments « déclassés » ».

Le 10 juin 1933, Trotsky expliquait :

« Les bûchers, sur lesquels brûle la littérature impie du marxisme, éclairent vivement la nature de classe du national-socialisme. Tant que les nazis agissaient en tant que parti et non en tant que pouvoir d’Etat, l’accès de la classe ouvrière leur était presque entièrement fermé.

D’autre part, la grande bourgeoisie, même celle qui soutenait financièrement Hitler, ne les considérait pas comme son parti. La "renaissance" nationale s’appuyait entièrement sur les classes moyennes - la partie la plus arriérée de la nation, fardeau pesant de l’histoire. L’habileté politique consistait à souder l’unité de la petite bourgeoisie au moyen de la haine pour le prolétariat . Que faut-il faire pour que ce soit encore mieux ? Avant tout écraser ceux qui sont en bas. La petite bourgeoisie, impuissante face au grand capital, espère désormais reconquérir sa dignité sociale en écrasant les ouvriers. » 5

En résumé :

Le fascisme représente la contre-révolution la plus extrême et peut prendre le pouvoir lorsqu’une situation révolutionnaire est épuisée ou conduite dans l’impasse.

Le fascisme vise, selon l’expression de Trotsky, à réduire la classe ouvrière à « une poussière d’individus », à écraser toute forme d’expression ou de manifestation d’indépendance des travailleurs, et à quadriller toute la société, toutes les institutions. Le nazisme en a été l’expression la plus achevée.

Pour empêcher toute révolution ouvrière victorieuse, dans des situations de tension extrême, la bourgeoisie finance alors, en dernier recours, les bandes armées du capital que sont les fascistes, lesquels fascistes usent d’une démagogie en apparence « anticapitaliste » pour se frayer un chemin dans les masses populaires.

Faisant miroiter « la création » et « la protection » d’une classe moyenne, faisant miroiter « la remise immédiate des grands magasins à l’administration communale et leur location, à bas prix, aux petits commerçants », les fascistes remuent ciel et terre pour mobiliser la petite bourgeoisie spoliée, affolée et asphyxiée contre la classe ouvrière.

En 1940, Trotsky et ses partisans affirmeront pour leur part que le nazisme est « une distillation chimiquement pure de l’impérialisme ».

En tout état de cause, jusqu’en janvier 1933, les Hitlériens n’avaient quasiment aucune base ouvrière sérieuse et les chômeurs se tournaient surtout vers le parti communiste allemand.

Il est à noter que la TCI n’ose pas préciser les choses lorsqu’elle évoque la désespérante « politique des directions du mouvement ouvrier » sans la qualifier pour ce qu’elle fut :

Une politique de trahison et de collaboration des chefs sociaux-démocrates avec les gouvernements les plus bonapartistes et antisociaux de la République agonisante, cette politique de collaboration de classes.

Cette politique a trouvé son complément nécessaire dans la politique de division acharnée des chefs communistes aux ordres de Staline qui mettaient sur le même plan les sociaux-démocrates, appelés « sociaux fascistes » et les nazis.

Trotsky aurait-il été « poujadiste ? »

C’est bien connu et médiatiquement convenu, lorsque les masses ouvrières et « moyennes » se dressent contre l’Impôt, c’est du « poujadisme ». Ici, la TCI « copie-colle » les médias du Capital.

Les rédacteurs de la TT, pourtant au-dessus du « médiatiquement correct », enfourchent le même Dada : populisme, poujadisme, et ainsi de suite.

Ce Poujade, en 1955, avait mené l’agitation des petits commerçants contre les impôts et l’avait aiguillé à l’extrême-droite.

En 2018, nous ne sommes pas face à une fronde contre l’Impôt mais contre des Taxes, c’est-à-dire, un impôt indirect, non progressif sur le revenu, fronde encore aiguisée par la suppression de l’ISF (impôt sur les grandes fortunes). Ces problèmes se posaient déjà dans les années 30. Impôts et taxes pleuvaient sur les petites gens des villes et des campagnes, salariés, artisans, paysans, petits commerçants.

En 1934, Trotsky notait, dans la perspective d’un gouvernement de la classe ouvrière :

« Ce qui écrase le paysan, l’artisan, le petit commerçant, c’est la concurrence et les impôts. Le gouvernement, en expropriant les richesses des exploiteurs en faveur du peuple, pourra diminuer les impôts qui retombent sur les paysans et la petite bourgeoisie des villes. En éliminant la concurrence par l’économie planifiée, le gouvernement ouvrier et paysan pourra laisser aux petits propriétaires (paysans, artisans, commerçants) la pleine liberté de disposer de leur propriété et leur assurer en même temps des commandes de l’Etat à des prix qui doivent élever considérablement leur niveau de vie.

La nationalisation des banques, des grandes propriétés foncières, des industries clés, des chemins de fer, ne signifie pas la bureaucratisation totale de la vie économique. L’économie étatique peut créer un équilibre nécessaire avec l’économie paysanne et petite-bourgeoise pour l’aider, l’élever, et pour lui laisser le libre choix de sa transformation. Le prolétariat peut s’engager devant les paysans à ce que la transformation ultérieure de l’agriculture tic puisse se produire qu’avec le consentement des paysans eux-mêmes, et ces contrats honnêtes entre deux classes doivent trouver leur réalisation et en même temps leur garantie dans le gouvernement ouvrier et paysan.

C’est dans cette perspective que le sens du contrôle ouvrier et paysan se découvre devant nous. Pour prendre dans ses mains avec assurance les banques, les transports et les industries clés, le peuple travailleur doit commencer par pénétrer par ses organisations syndicales – comités d’usines, de banques, de chemins de fer – dans tout le système capitaliste. Le contrôle ouvrier et paysan qui est à son premier stade une mesure de défense contre les impôts écrasants et les réductions de salaires devient tout naturellement l’étape préparatoire pour l’économie planifiée, c’est-à-dire socialiste. »

Il n’y a évidemment pas un gramme de populisme ou de « poujadisme » dans cet exposé rapide. Le mouvement ouvrier a toujours tout à gagner à défendre les dites « classes moyennes » appauvries par les gouvernements capitalistes, selon les méthodes de la lutte des classes, celles du rassemblement au grand jour de tous les exploités et opprimés contre ceux qui les exploitent et les spolient, pour « changer la vie ».

Les couleurs et poses changeantes de Daniel Gluckstein 6 et de sa clique

Il est heureux de voir les tribunards faire flotter le drapeau rouge et décocher quelques bonnes flèches contre Mélenchon, ironiser sur les rétropédalages de Ruffin. Certes, dans le passé, il y eut de façon très épisodique quelques coups de pattes à l’intention de Mélenchon. Mais nous devons nous souvenir que nous avons été longtemps seuls à mener la bataille idéologique contre le national-populisme de Mélenchon et sa clique.

Du soutien inconditionnel à Mélenchon à la dénonciation inconditionnelle des Gilets jaunes

Quant au drapeau rouge et au drapeau tricolore, c’est une autre histoire. Mais avant d’y revenir, n’oublions pas le SOUTIEN INCONDITIONNEL du POid à Mélenchon, quelques jours avant l’apparition des premiers « gilets jaunes » qui étaient alors des groupes d’automobilistes et de motards et Rien d’autres…

Mélenchon pouvait hurler « Je suis intouchable, je suis la République » cracher sa rage contre les journalistes, sans pour autant contester le principe de l’enquête du parquet qui le visait, en lieu et place d’une instruction de son affaire par un juge… Il fallait le soutenir inconditionnellement, même si « légalement », il avait eu recours à une main d’œuvre qu’il avait qualifié lui-même « d’auto esclaves », payée à coup de trique pour la campagne de ce « tribun du peuple », bonapartiste à tout crin.

Il pouvait compter sur le soutien du POid. Mauvaise foi, quand tu nous tiens. Mais lorsque Mélenchon soutient les « gilets jaunes », rien ne va plus !

De la mauvaise foi « en toute occasion favorable »

Soudain, les tribunards se jettent contre Mélenchon comme la vérole sur le bas-clergé, mais là encore avec force mauvaise foi ; Qu’on en juge :

LFI dans un article cité par la TT déclare : « nous appelons les syndicalistes (etc) à se réunir, à s’y investir [dans les « gilets jaunes »] et se mettre au service de la révolte en cours ». Il n’y a rien dans ces termes qui nous semble choquant, quelle que soit la répulsion que nous inspirent Mélenchon- Corbière et leur bonapartisme cocardier.

Mais, nous ne tirons rien par les cheveux de la mauvaise foi la plus crasse. En effet, nos tribunards en déduisent que ce document LFI « appelle, de fait, les syndicats à se saborder dans le mouvement des gilets jaunes ». Pure déduction tendancieuse.

Quand le POid buvait la tasse de la « marée populaire » jusqu’à la lie

Interprétation purement fallacieuse dans laquelle est dilué un grain de vérité : JLM cherche effectivement depuis deux bonnes années à reléguer les syndicats au rang de relais d’un obscur mouvement « populaire », « politico-social » . Telle était la fonction de la « marée populaire » dans laquelle Martinez avait gagé la CGT, comme « auxiliaire » de cette marée-là.

Or, c’est ce qui a disqualifié la direction du POid : le POid a été signataire de l’appel à cette marée destinée à remettre en question le principe dont le POid s’était toujours prévalu : le principe d’indépendance réciproque des partis et des syndicats… Ces chefs « ouvriers » ont bu la tasse du 26 mai 2018 comme les autres signataires. A ce moment-là, aucun principe d’indépendance ouvrière de classe ne les retenait.

Ces gens-là se vantent maintenant de ne « pas céder à la pression du moment » ou comme le dit l’un de leurs internautes, « au médiatiquement correct ».

Quand l’oracle Gluckstein prônait « la cohésion de la nation »

Candidat malheureux aux présidentielles de 2002, Daniel Gluckstein avait omis de parler de la nécessaire régularisation des sans-papiers et la nécessaire fermeture des camps de rétention (contrairement à Pierre Lambert, candidat du même courant en 1988).

Commençons par pointer la mauvaise foi de ces gens qui ne veulent plus entendre le mot « peuple » car ils s’en sont gargarisés il n’y a pas si longtemps… Sans compter leur discours sur « la démocratie politique » dont « le peuple définira la forme et le contenu », leur candidat de 2007, fier d’arborer son écharpe tricolore de maire…

« la cohésion de la nation » selon Daniel Gluckstein

En février 2006 : Informations ouvrières, 10 7 reproduit un appel suivi d’une lettre du « Comité national pour la reconquête de la démocratie politique » initié par Daniel Gluckstein. Cet appel du Pôle pour la Reconstruction Communiste en France s’intitule « Rassembler le peuple de France, refonder la République ».

En voici quelques extraits : « Il faut réaffirmer la cohésion de la nation autour des valeurs progressistes et sociales de la république, sans quoi les événements qui se sont déroulés à la fin de l’année 2005 dans les quartiers populaires ne manqueront pas de se répéter. (...) Nous appelons l’ensemble des citoyens partisans du progrès social, tous les républicains opposés à la mondialisation néo-libérale et aux dérives européistes qui en sont la conséquence et l’instrument, tous ceux qui veulent reconquérir la souveraineté populaire et ont confiance en l’avenir d’une France attachée aux principes de liberté, d’égalité et de fraternité, à se réunir pour débattre des moyens à mettre en œuvre afin d’apporter une réponse politique à une crise sans précédent . » Sans rivage à droite, donc.

Cela fleurait même bon, l’union des « républicains des deux rives », façon Chevènement.

Les belles écharpes BBR du candidat de Gluckstein, Gérard Schivardi …

Ici les images se suffisent à elle-même.




On s’en souvient, le pauvre Schivardi avait accordé son parrainage à… Lassalle avant de se faire gentiment taper sur les doigts par son propre parrain Gluckstein et se rétracter (heureusement !).

Et ce sont ces « trotskystes » abandonnés qui viendraient faire la leçon à tous les courants d’extrême-gauche qui apportent leur soutien à la mobilisation en gilet jaune. Soutien inconditionnel pour notre part, dès le 17 novembre 2018, « acte un » de cette mobilisation.

Quand le sectarisme est le cache-sexe de l’opportunisme

A l’évidence les tribunards sont bien synchronisés avec Martinez. En amont de l’acte 1 du 17 novembre 2018, Martinez dénonçait un coup monté de l’extrême-droite. Les tribunards lui ont emboîté le pas juste après monté en première ligne de défense du « tribun du peuple » JLM. Non pas « de fait » ou « dans les faits » mais de façon patente et « virile »…

Puis sous la pression des masses, telles qu’elles sont, relayées par des milliers de syndicalistes CGT, Martinez pivote et fait un pas vers la mobilisation en gilet jaune. Aussitôt, la TT cesse de canarder les « gilets jaunes » et dès lors tout se passe comme si ce « mouvement » n’existait pas, effacé par la mobilisation lycéenne et étudiant née pourtant de l’appel d’air en gilet jaune.

[Nota : on l’a vu, dès que Martinez reprend sa misérable offensive contre les gilets-jaunes, en leur imputant des revendications qu’ils n’ont pas – Daniel Gluckstein remonte en première ligne anti-GJ – 12 01 2018]

Quel gâchis !

Ce qui arrive aux éducateurs qui ne s’éduquent pas eux-mêmes, qui renoncent à « surprendre la voix des masses » tant qu’elle n’est pas dans le calibre de la « lutte de classes dite « classique », réglée comme une procédure.

Le mélange deux-temps sectarisme – hégémonisme tourne ici en eau de boudin…Au point le plus mort, celui où le Parti O comme Ouvrier et D comme Démocratique ne condamne pas les violences, les mutilations volontaires de simples manifestants, retraités ou chômeurs que l’on traite en « déclassés » et en chair à pâté pour « fascistoïdes », en piétaille, comme s’ils représentaient la lie de la société….

[ Nota : il faudra attendre le 9 janvier pour que paraisse un communiqué « Halte à la répression » ]

Le tribunal de la « lutte de classes classique » des tribunards TCI est sans appel : « C’est un mouvement d’essence corporatiste visant à effacer l’existence des classes et de la lutte de classe. ».

Qu’il nous soit permis de dire

  1. le corporatisme n’est pas la seule forme d’intégration des syndicats à l’État

  2. Le corporatisme de notre époque est basé sur l’association Capital-Travail dans le corset des « professions », des « métiers »… qui sont détruits par les gouvernements successifs

Qu’il nous soit permis de répéter que l’intégrationnisme a pris les traits du « syndicalisme asservi », du « syndicalisme de propositions » et de soi-disant « dialogue social » que Martinez a illustré depuis la venue au pouvoir de Macron dont il est le partenaire social.

L’oracle Gluckstein, qui « ne cède à aucune pression » tombe en panne : Le FN – RN et Dupont-feignant ont renoncé à leur soutien frelaté aux manifestations en gilets jaunes, ils l’ont soutenu comme la corde soutient le pendu. A ceci près qu’il n’y a de « pendus » que ceux qui s’acharnent à voir dans cette première poussée des masses depuis 2016 un « truc » d’essence-corporatiste…

Le POid-TCI a refusé son appui à une mobilisation contre les taxes les pires, il n’a pas – jusqu’à plus ample informé – pris fait et cause contre les violences policières de Castaner, contre les mises en détention après « comparutions immédiates ». Il aura fallu attendre que ce déchaînement de violence frappe les lycéennes et lycéens pour que la TT en parle …

Nul doute que cette orientation occasionne déjà de sévères dégâts dans les rangs du POid, même si dans son dernier édito, Daniel Gluckstein vante « la progression du POid ».

Quel gâchis !





Daniel Petri, (achevé le 12-01-2018)







Annexe 1 : document de la TCI

27 novembre 2018
 
Position de la TCI. (Extraits) :



Seul drapeau autorisé, le drapeau tricolore, accompagné éventuellement des drapeaux breton, corse, occitan, alsacien, etc. ; le seul chant autorisé : La Marseillaise. Les drapeaux des partis et les drapeaux syndicaux sont interdits, et de fait ne sont apparus nulle part dans ce mouvement (seule tentative connue : celle de la CGT de Perpignan venue s’y joindre avec drapeaux et qui en a été rejetée). Par son interdiction des représentations et de l’expression partisane et syndicale, ce mouvement ne peut même pas être qualifié d’interclassiste (car cela supposerait l’expression des différentes représentations des différentes classes). C’est un mouvement d’essence corporatiste visant à effacer l’existence des classes et de la lutte de classe. Quant à la supposée spontanéité :
Mélenchon et Le Pen valorisent, chacun à leur manière, le prétendu « mouvement citoyen », son « auto-organisation populaire ».Affirmation contredite par les faits. Certes, dans le contexte explosif de la colère qui parcourt toutes les couches ouvrières, populaires et de la petite bourgeoisie, des mots d’ordre populistes et démagogiques permettent de détourner l’indignation de dizaines de milliers de travailleurs ou de petits-bourgeois déclassés qui spontanément, en effet, ont toutes les raisons d’être révoltés contre le gouvernement.

Toutes les périodes prérévolutionnaires sont marquées par une radicalisation fascistoïde du côté des secteurs de la petite bourgeoisie et des secteurs déclassés de la classe ouvrière instrumentalisés contre la radicalisation ouvrière. Cette dernière s’exprime en particulier dans l’intense activité gréviste qui marque le pays, dans tous les secteurs professionnels, indépendamment de (et malgré) l’absence de consignes en ce sens des dirigeants. C’est une loi de l’histoire : plus la classe résiste et combat, plus la réaction s’organise et se radicalise.

11 – Pour autant, tous ceux qui participent au mouvement des gilets jaunes ne sont pas des fascistes, nous objecte-t-on parfois. Bien évidemment ! Une très grande majorité ne l’est pas.
Le phénomène n’est pas nouveau : l’ouvrier allemand au chômage, désespéré par la politique des directions du mouvement ouvrier et écrasé par la politique de l’impérialisme à travers le traité de Versailles, qui se joignait aux manifestations du parti de Hitler dans les années 1930-1931 n’avait certainement ni en tête, ni en objectif l’extermination de 6 millions de juifs dans les camps et la mort de 30 millions de personnes dans la guerre dix ans plus tard. Mais le fait est qu’il était entraîné sur un terrain qui conduisait à cela.









1 TCI : tendance communiste internationaliste –

POid : Parti Ouvrier- indépendant démocratique. Ce PARTI OUVRIER n’est, en fait, qu’une « extension » de la TCI

TT : Tribune des travailleurs

3 LENINE. La maladie infantile du communisme, page 20. Editions de Pékin

4 FN vu par Daniel Gluckstein en 1990 – dans Informations ouvrières – à l’occasion de la profanation du cimetière de Carpentras

5 https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1933/06/330610.htm

6 Daniel Gluckstein : principal dirigeant du POid-TCI

7 Informations ouvrières -Nouvelle série n°729 - semaine du 9 au 16 février 2006


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