L'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux mêmes

La Commune - Pour un parti des travailleurs - membre du courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs ( IVe Internationale)
(ADIDO - 8, rue de la Forêt Noire 34 080 MONTPELLIER)


Où va la CGT ?

Publié le lundi 30 mai 2016

Préambule :

L’article qui suit a été rédigé avant les dernières interventions de Philippe Martinez, 1 « général » de la CGT, ce week-end. « Il y a la possibilité de suspendre le processus parlementaire. Si le gouvernement dit « on suspend la procédure parlementaire, on discute, on améliore », y'a pas de problème. C'est ce qu'on dit depuis le début ». Cette voix-là, c’est la voix de la compromission. « « Nous ce qu'on propose c'est de retirer ce texte et de rediscuter » . Or, il n’y a rien à discuter : le Code du travail doit être maintenu, un point, c’est tout . Philippe Martinez est placé devant un choix décisif : rupture avec le gouvernement ou rupture avec le front du refus de la loi « travail » et les intérêts matériels et moraux des salariés . Cet « épisode » montre à lui seul que le choix est entre l’appel à la grève générale et la compromission.

Le 11 mai a marqué un tournant dans la crise ouverte par le projet de loi « travail ». Ce jour-là, Valls a annoncé qu’il allait recourir au 49-3. Cela signifie que le gouvernement n’a plus de majorité parlementaire. En donnant ce coup de matraque constitutionnel, Valls révélait l’isolement de l’Exécutif en place depuis quatre ans. Et, pourtant, cette fois encore, dans les Etats major syndicaux, il était urgent d’attendre.

Depuis le début des manifestations et des grèves pour le retrait de la loi El Khomri, nous n’avons eu cesse de marteler : l’intersyndicale doit appeler au tous ensemble, au moment ; elle doit appeler à la grève générale jusqu’au retrait du projet. Pourtant, des militants nous objectent que cette exigence serait une pure incantation. Discutons-en !

Incantations et lamentations

Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière.

Or, dans la réalité, c’est le refus d’appeler à la grève générale qui transforme l’exigence du retrait de la loi El Khomri en une pure incantation. Dans la réalité, c’est JC Mailly qui se livre à des incantations lorsqu’il demande au gouvernement de faire un référendum sur la loi El Khomri et, ce, bien que la constitution ne prévoit pas de référendum sur ce qui relève du « dialogue social ».

Ce qui nous conduit à réaffirmer : « Martinez, Mailly, assez d’incantations, appelez à la grève générale maintenant ». Martinez n’en est d’ailleurs pas à une mélopée près sur « la grève reconductible, partout où c’est possible », sur « la généralisation des grèves » 2, allant jusqu’à jeter un pneu dans les flammes d’un piquet de grève.

Indépendance réciproque

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Autre problème que soulève notre orientation pratique : adresser des ultimatums aux directions syndicales ne serait pas conforme au principe d’indépendance réciproque des syndicats et partis politiques. Ce qui serait valable, si cette indépendance réciproque existait et si Martinez et Mailly étaient eux-mêmes « indépendants ». Au reste, s’il était appliqué, Mailly-Martinez et l’intersyndicale n’auraient pas hésité une seconde, le 11 mai au soir, à appeler à la grève générale face au 49-3. Le combat pour l’indépendance efficiente des syndicats, contre leur intégration à l’Etat et aux rouages de «l’Entreprise », passe par le combat contre ce que Trotsky appelait « la dictature de fait que la bureaucratie syndicale exerce sur la classe ouvrière-la pire de toutes! 3» laquelle dictature consiste à dire : « non, nous n’appellerons pas à la grève générale » ( avec les arguties habituelles : ça ne se décrète pas, il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton, on n’a pas de baguette magique, les gens ne sont pas prêts)…face à une attaque générale !!!

Référendum, votation citoyenne et autres dégagements en touche

Lorsque Mailly met en avant l’idée d’un référendum4, il porte un coup sévère à l’indépendance du syndicalisme car, au-delà de la forfanterie de cette proposition, il remet en cause le principe selon lequel les conditions de travail des salariés relève de la négociation sur la base du rapport de force au niveau des branches voire au niveau interprofessionnel, et n’est donc pas une affaire « citoyenne » . Ce qu’il propose dans l’improvisation est le système suisse de la votation où votent des gens qui ne sont pas concernés puisqu’ils ne sont pas salariés et ne votent pas des salariés qui sont concernés puisqu’ils n’ont pas le droit de vote. Il propose lui-même un …arbitrage. Il rompt ainsi avec les principes réformistes de sa confédération. (Principes qui, par ailleurs, ne remettent pas en cause le principe de lois sociales)

Et, le voici, relayé par Martinez qui entend carrément organiser ce référendum de façon bien symbolique ou virtuelle 5.

Le casse-tête des médias

Les médias manient l’intox comme jamais. Mais, pour faire ce boulot pour lesquelles l’Etat les paye, il leur faut essayer de comprendre ce qui se passe.

Les medias sont aussi le canal par lequel les classes dirigeantes manifestent leurs inquiétudes ou leur impatience auprès de l’Exécutif.

En ces temps fort troublés, l’impressionnisme politique ne leur est pas d’un grand secours. Essayons de résumer schématiquement le point de vue schématique qu’elles exposent ( y croient-elles ? C’est une autre affaire) : la mobilisation actuelle ne donne pas lieu à des manifestations de l’ampleur des grands défilés de 1995-2003-2010 et, du coup, la CGT se radicalise car c’est bien connu, la radicalisation est l’arme des « minoritaires ».

Ainsi, en 2003, le ministre du Travail Fillon avait rendu hommage …à la CGT. « « Comment la CGT pourrait-elle, avec l'histoire et la culture qui sont les siennes, soutenir une réforme des retraites ? Néanmoins, elle a participé à l'intégralité de la négociation et à la rédaction des principes généraux de la réforme, qui font l'objet des articles premier, 2 et 3 . Elle a adopté tout au long du conflit une attitude responsable, qui montre qu'il y a eu un vrai dialogue social, insuffisant peut-être, mais bien plus fructueux que ceux des dernières années. » (Fillon, devant l’Assemblée nationale, cité dans Le Monde du 19-06-2003)

La « radicalisation » de la CGT

En 2016, le gouvernement hurle contre la CGT. Et, la Droite parlementaire tente de crier plus encore. La CGT est accusée d’avoir distillé la « haine anti-flic » et aujourd’hui de vouloir saboter l’économie du pays en fomentant les blocages de raffineries. Les chefs confédéraux de la CGT ont été contraints de se prononcer, la mort dans l’âme, pour le retrait de la loi El Khomri (qui répond en partie à leur attente d’un statut DU salarié, de droits « individuels » « rechargeables », ils ne voient pas d’un mauvais œil le « compte personnel d’activité » et le développement de la négociation, de préférence au niveau des entreprises n’est pas fait pour leur déplaire – n’avaient-ils pas applaudi à la Négociation Annuelle Obligatoire imposée par les lois Auroux de 1982) Le gouvernement en veut à Martinez et consorts de n’avoir su imposer sa ligne de « contestation constructive » à la CGT. Il lui tape sur les doigts d’avoir laissé passer cette affiche contre les violences policières et la répression.

Dans les faits, la CGT est en crise et un vent de fronde fouette sa direction confédérale qui a été contrainte de se prononcer pour le retrait de la loi ; La direction confédérale a dû temporairement mettre son mouchoir sur son principe de syndicalisme rassemblé avec la CFDT et autres officines réformatrices, tel l’UNSA. Ce n’était pas « prévu au programme ».

Culbutée par les bases de la CGT, la direction confédérale a manœuvré en recul. Mais, dans le même temps, elle a mis en place un dispositif d’évitement de la grève générale et de grèves tournantes. Comme nous l’avions dit, dès le début de cette tempête sociale, la poussée des masses s’est réfractée au sein de la CGT.

Pour mener à bien son entreprise de dislocation du mouvement en cours, la « conf » s’est appuyée sur la direction de la fédération CGT des cheminots qui fait tout son possible pour envoyer les cheminots dans le mur et les isoler de l’ensemble des salariés, en nouant des alliances contre nature avec le duo réformateur CFDT-UNSA. La « conf » a pu s’appuyer sur le dispositif complémentaire de Nuit debout offrant un exutoire à l’aspiration d’une large avant-garde à la grève générale, tous secteurs confondus. Nuit debout s’appliquant à noyer l’exigence du Retrait dans une « contestation globale ». Le NPA se chargeant de couvrir le mot d’ordre de Retrait de ses incantations charitables au « partage des richesses ».

Le dispositif mis au point par la direction confédérale CGT limite la portée des manifestations à répétition, dont on pourrait dire qu’elle revêtent, à l’insu des manifestants, un caractère incantatoire. En outre, tout est mis en oeuvre pour maintenir, hors du coup, les agents de la fonction publique. FO et Solidaires se contentent alors d’être « suivistes » au niveau interprofessionnel.

Un nombre conséquent de salariés sentent que les directions syndicales tronçonnent, épuisent, fragmentent, diluent le mouvement pratique engagé le 9 mars pour le retrait de la loi El Khomri.

Mais, les medias ne peuvent pas comprendre, elles ne captent que l’air du temps et ne voient que les faux jours. Et, en même temps, elles adoptent la ligne éditoriale pour laquelle l’Etat les subventionne. Intox et auto-intox.

Dès lors, des illusions naissent : illusions dans un mouvement des indignés en France, illusion dans des grèves sectorielles qui pourraient peser au compte de tous les salariés. Dans une situation, où, il est vrai, une grève dans un secteur peut avoir un effet de propagation. Ce que le gouvernement a parfaitement compris en reculant face aux chauffeurs routiers, à la cinquième journée de grève.

La mobilisation s’essouffle-t-elle ?

Cette annonce est faite à chaque fin de manifestation. Et, pourtant, ces manifestations rassemblent toujours des centaines de milliers de manifestants, dans le climat de provocations policières de l’Etat et de répression ubuesque que l’on sait.

Les sondages sont sans appel : il y a toujours 70% de personnes interrogées opposées à la loi et 65% de personnes interrogées pour faire porter la responsabilité de la pénurie de carburant au gouvernement.

Toutes les diversions sur la thématique de la « haine anti-flic », des « casseurs », de la voiture de police incendiée butent sur ce refus franc et massif de la loi El Khomri.

Le coup de force du 49-3 n’a pas provoqué le coup de grâce.

Les records d’impopularité du gouvernement sont encore pulvérisés.

Certaines actions, quoi que l’on puisse en penser par ailleurs, ont valeur de symptôme : le sort jeté à de nombreuses permanences du PS, identifié à la loi El Khomri, l’attaque d’un commissariat à Bordeaux, ce 26 mai ou encore le fait que les « casseurs cagoulés » ne sont pas seuls à s’affronter aux forces de l’ordre indiquent que le gouvernement est assis sur une poudrière et que la mobilisation actuelle n’est que la première séquence, un avant-goût de ce qui attend ce Régime…Et les directions syndicales C’est-à-dire : l’explosion sociale soudaine, « sans préavis ».

Le titre du Parisien : « Climat social : de pire en pire » est, à cet égard, un bon rapport d’ambiance.

Dans ces conditions, pour la première fois, l’Intersyndicale a dû appeler cette fois à la grève interprofessionnelle « carrée » le 14 juin, c’est-à-dire, le plus tard possible et à une manifestation nationale. D’ici là, bien des rebondissements peuvent encore se produire. Raison de plus de nous obstiner à marteler sans relâche : l’intersyndicale doit appeler à la grève générale, maintenant.

Une situation insaisissable et volatile

Face à la grève des routiers, le gouvernement a reculé puisqu’il s’est engagé à ne pas inverser la hiérarchie des normes et à ne pas donner la primauté aux accords d’entreprise dans cette branche. Cela montre bien qu’il est possible, par l’appel de l’intersyndicale à la grève générale unie jusqu’au retrait, de faire tomber la loi El Khomri . Ce 27 mai au soir, le quotidien Le Monde s’interroge à voix haute : « Valls est-il en train de perdre la bataille de l’opinion ? ». Cette même opinion qui, selon un sondage effectué il y a un mois, estimait que le risque d’explosion sociale est bien réel. Une opinion qui considère, selon les sondages, que le gouvernement est responsable de tous les désordres en cours et qu’avec cette loi, il a allumé la mèche. Le Parisien livre une Une assez inédite : « Hé oh, on se calme » illustrée par un face à face entre un manifestant à mains nues, visage découvert et un policier prêt à bondir et qui est commentée ainsi : « Les manifestations contre la loi Travail ont à nouveau été marquées hier par des violences. Ajoutées aux blocages organisés par la CGT et à la fermeté de Valls, elles créent une situation explosive qui ne peut plus durer. ». Nous n’attendons pas du Parisien-Aujourd’hui en France qu’il se montre bienveillant avec la CGT, mais, dans ce qui, selon ce média, créé une situation explosive, il est fait état de « la fermeté du gouvernement ».

Des routiers en grève bloquent la route départementale D568 près de Port-de-Bouc, entre Martigues et Fos-sur-mer, dans le sud-est de la France

Cette fermeté apparente - qui n’est qu’un masque arrogant- n’empêche plus la cacophonie. Le ministre Sapin, plaidant pour sa paroisse qui est « l’Economie », a fini par penser à voix haute : on pourrait « toucher » à l’article 2, celui qui inverse la hiérarchie des normes. Puis, il se fait rabrouer rudement par Valls qui rappelle qu’il ne saurait en être question. A l’intention des bonnes âmes qui voit dans les velléités de « retouche » de l’article 2, l’amorce d’un recul, rappelons qu’avec ou sans cet article de « synthèse », cette loi demeurerait gravement toxique (la loi prévoit toujours la réécriture du Code du travail réduit à quelques principes généraux, les autres articles donnent toujours la faveur aux accords d’entreprise, et facilitent toujours autant les licenciements, les contrats précaires, la flexibilité totale, etc). Cela étant, les hésitations et « nuances » sur cet article trahissent le vertige qui atteint jusqu’aux ministres d’Etat et a valeur de symptôme.

Un jour auparavant, Pierre Joxe, l’ancien ministre d’Etat de Mitterrand, est sorti de sa réserve en lâchant : « si le gouvernement avait la bonne idée de laisser tomber cette loi ». Ancien Premier flic de France, fils d’un ministre du général De Gaulle, Joxe n’est pas un homme épris de tendresse, tant s’en faut. Cet homme politique sent bien que tout peut basculer, même si la loi venait à passer, dans les conditions que l’on sait.

Le gouvernement n’a aucune maîtrise du moment présent, aucune maîtrise des parlementaires PS flanqué des écolos placés. Même parmi les parlementaires les plus proches de Valls, le doute s’est ancré. Ainsi, le sénateur Carvounas n’a pas caché son opposition au recours au 49-3.

Quant aux « violences » des manifestations du 26 mai – manifestations qui ne permettent pas de pronostiquer un reflux de la vague – elles montrent que l’appareil policier perd son sang-froid : deux manifestantes pacifiques ont été agressées par les policiers, un photographe indépendant a été sérieusement blessé d’un éclat de grenade et les traces de sang sur le pavé semblent être la copie conforme du dessin de l’affiche de info-cgt-com qui a défrayé la chronique et déclenché la campagne contre « la haine anti-flic », laquelle n’a trouvé dans la société civile d’autres supporters qu’un chanteur pathétique prêt à « embrasser un flic ». la manif policière sponsorisée par l’Exécutif a été « récupérée », ce 18 mai, par… les députés FN !!!

Pour de nombreux observateurs, la situation devient insaisissable et de plus en plus volatile. A telle enseigne qu’il est impossible de spéculer sur ses suites. La trame de fond de la crise sociale en cours est déterminée par le délitement de toutes les institutions et appareils, d’une part et le caractère anticapitaliste, antigouvernemental de la mobilisation. La défense de l’ordre établi c’est-à-dire de l’ordre bourgeois et de la propriété privée capitaliste exige cette loi : la sauvegarde des taux de profits en dépend. Sa mise en route a un caractère d’urgence.

Mélenchon, la voix du débouché ?

C’est ce matériau brut que Mélenchon entend exploiter. Le tract du parti de gauche diffusé dans la manifestation parisienne du 19 mai passerait presque pour un tract trotskyste : « il est temps de rompre avec la V ème république et de convoquer une assemblée constituante pour que le peuple puisse enfin redéfinir les règles du jeu »6 . Mélenchon obéit ici à une double nécessité : d’une part, pour faire des voix, il lui faut coller au plus près des aspirations d’un nombre croissant de salariés et d’autre part, dans le dispositif d’évitement de la grève générale de Martinez-Mailly, il faut que quelqu’un fasse miroiter une « perspective politique » : Mélenchon président, la dite « autre gauche », « gauche de gauche » au pouvoir ! Tel est le cadre de sa manifestation du 5 juin de « la France insoumise ». Le verbe haut, bien servi par les médias, Mélenchon proclame : « Valls doit céder ou partir ». Et Hollande, il doit rester ? Lui qui vient encore d’ânonner que cette loi « est une bonne réforme ». Elle est où, la rupture avec la V ème république, dans cette proclamation de Mélenchon. Mais s’il s’agit de rompre avec la Vème république, avec la république du 49-3, les principe même de l’élection d’un chef de l’Etat à la présidence de la République et de chef de l’Etat ne doivent-ils pas être révoqués?

Conférence de presse précédent le meeting du front de gauche, de Jean-Luc Mélenchon, à l'hotel Novotel à Rennes.

Mélenchon ne manque pas d’aplomb pour se faire passer pour ce qu’il n’est pas mais, en même temps, il se dépeint en Homme providentiel, sauveur du « Peuple de gauche », faisant dire aux manifestants qu’il faut rompre avec le régime tout en draguant les frondeurs dont chacun a pu mesurer la promptitude à courber l’échine et à passer de la contestation à la reptation.

Mélenchon vient s’inscrire en parasite dans un mouvement pratique. Et, il n’est pas seul.

Vent debout ?

Les gentils organisateurs des Nuits debout sont cordialement invités à s’effacer derrière l’ex-supporter de Maastricht, ex- partisan de la synthèse au sein du PS entre les « oui » et les « non » de 2005, ci devant ministre de Jospin qui a généralisé l’alternance école-entreprise en vue de livrer sur le marché du travail une main d’œuvre de substitution, taillable et corvéable à merci. Celui qui applaudissait en 2011 l’intervention militaire en Libye, celui qui au cours de l’opération « plomb durci » contre Gaza, tout en se plaignant des ripostes « disproportionnées », se prononçait pour le droit d’Israël à se défendre … contre le peuple que cet Etat opprime, torture et massacre. L’Homme qui comprenait son ami Tsipras quand celui-ci a tout renié « un pistolet sur la temps ». Et l’Homme qui, pour le compte de Hollande-Ayrault, traitait les ouvriers et petites gens de Bretagne d’esclaves et de nigauds lorsqu’ils avaient arborés le bonnet rouge contre les licenciements et l’écotaxe, apportant son soutien à la contre-manifestation orchestrée par les « solfériniens 7 ». Cela dit, sans préjuger de son évolution ultérieure…Sur laquelle nous ne spéculons pas davantage. Les choses étant ce qu’elles sont, pendant que des centaines de milliers de salariés et de jeunes se placent aux avant-postes pour sauver le Code du travail, Mélenchon mène campagne et se sert des manifestations comme aires de bains de foule…

Travail de sape

Mais alors, nous demande-t-on, elle va passer ou non, cette loi ?

S’il n’y a pas l’appel à la grève générale, elle risque de passer, envers et contre tout.

Mais, ne peut-il pas y avoir une généralisation des grèves par le bas aboutissant à une grève générale de fait ?

Dans la situation mouvante que nous traversons, tout peut arriver et ce « risque » existe bel et bien mais, tout indique que les directions syndicales font tout ce qu’elles peuvent pour prévenir et différer un tel développement, jouant la montre jusqu’au dernier moment, celui où la loi sera définitivement adoptée.

Mais, la dénonciation de l’orientation des directions syndicales n’est-elle pas à son tour un frein à la mobilisation ?

Si c’est une dénonciation abstraite, oui. Mais, ici, il s’agit des nécessités de l’action, des conditions de la victoire sur l’objectif fixé.

Faudrait-il cacher l’obstacle qu’elles dressent sur la voie de la victoire, en refusant de fédérer toutes les grèves et manifestations en un courant unique tendu vers un seul but : le retrait de la loi El Khomri ?

Une telle attitude ferait retomber la faute sur « les salariés qui ne se mobilisent pas assez » alors qu’ils ont amplement démontré leur disponibilité pour une riposte à la hauteur de l’enjeu et introduirait un facteur de démoralisation, de manque de confiance des salariés en eux-mêmes.

Mais, n’est-ce pas s’en remettre au bon vouloir des appareils syndicaux ?

Le « bon vouloir » des chefs syndicaux pèse, qu’on le veuille ou non. Comme nous l’avons rappelé plus haut, ils exercent une dictature de fait sur la classe ouvrière. En fait, il s’agit bien de combattre leur « bon vouloir » pour que les organisations syndicales se mettent à la disposition du mouvement pour le retrait et fédèrent le mouvement au niveau où il doit l’être : à attaque générale, grève générale ! Dans la pratique, tout en déclarant « souhaiter la généralisation » en paroles, Martinez et les siens mettent en place en dispositif visant à empêcher toute généralisation à partir de grèves partielles à l’initiative des masses ou sous leur pression directe

Que se passe-t-il donc à la SNCF ?

Ce dispositif est visible à l’œil nu à la SNCF où les uns appellent à la grève reconductible tels jours pour une durée illimitée, les autres à faire grève deux jours par semaines en attendant une « reconductible » illimitée à partir du 30 mai, en se tenant les bras croisés, c’est-à-dire : sans occuper les postes qui commandent le départ des trains. Cette « stratégie » est-elle « la faute » des cheminots qui, les semaines précédentes ont été appelés à faire grève… avec la CFDT et UNSA dans le seul but de peser sur des « négociations » basées sur le principe de la liquidation de la réglementation du temps de travail RH00077, via le décret socle.

Les cheminots sont les témoins impuissants de débats juridico-techniques pantoufles entre cadres syndicaux. Leur aspiration au maintien de ce qu’ils ont, le RH00077 et son élargissement aux cheminots du privé est étouffée dans ces débats qui entérinent le principe de la convention collective nationale, dans une « branche » qui a toujours été régie par un Statut avant même la naissance de la SNCF nationalisée en 1938. Tout est fait pour épuiser leur potentiel de combat. Tout a été fait pour que leur mobilisation soit « organisée » à l’écart du mouvement interprofessionnel pour le retrait de la loi Khomri, face à un « décret socle » qui en reprend les principes de flexibilité accrue. Faut-il que cela soit dit ou faut-il se griser à l’idée de la grève reconductible sans objectifs clairs, sans unité syndicale de combat ?

Les contorsions sont multiples : SUD-rail revendique ’un « décret socle » à « hauteur de RH00077 ». Si, cela n’est pas une vraie incantation, cela y ressemble fort. Mais derrière cette approche « technique » du problème, affleure un problème politique, au sens syndical du terme. Le RH00077 existe encore (bien qu’il soit « condamné » à disparaître dans la loi portant réforme ferroviaire du 4 août 2014), il avait fait l’objet de décrets. Ce qui unit les cheminots, c’est : Pas touche au RH00077 ! Et élargissement aux cheminots du privé !

Dans ces conditions, passer sous silence le travail de sape des directions syndicales reviendrait tout simplement à s’en rendre honteusement complice.

L’aspiration politique qui prend corps

Or, les trois mois qui viennent de s’écouler ne se sont pas écoulés en vain. Pour le gouvernement et le régime, pour tous les partis institutionnels, les dégâts sont considérables et irréversibles et, ce, quelle que soit l’issue immédiate du combat engagé. Le combat pour le retrait de la loi El Khomri, par-delà les obstacles qui s’opposent à lui, sont la première séquence d’un développement révolutionnaire de la situation. L’aspiration politique de millions de salariés, de jeunes, de petites gens se précise : aspiration à balayer le gouvernement et ses réformes, aspiration à abattre la république du 49-3 pour la satisfaction des besoins vitaux, pour la sauvegarde du Code du travail, de la Sécu, des Hôpitaux, des services publics au service du public . A des fins qui lui sont propres, reconnaissons que Mélenchon l’a fort bien compris.

Mais, pour l’heure, l’urgence qui demeure et commande, c’est l’appel de l’intersyndicale à la grève générale jusqu’au retrait total.

Le 30 mai 2016

1 http://www.ouest-france.fr/economie/martinez-cgt-valls-ma-appele-pour-la-premiere-fois-depuis-deux-mois-4261204
2 "Nous appelons tous les salariés à faire grève jeudi et nous souhaitons qu'il y ait une généralisation de ces mouvements"
3 Trotsky. La Révolution française a commencé, 9 juin 1936
https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf.htm
4 Rendons à César ce qui lui appartient : l’inventeur des referendums sociaux n’est autre que Mélenchon, c’est même compris dans le prix de sa VI ème République.
5 http://www.franceinfo.fr/fil-info/article/les-syndicats-vont-organiser-une-votation-citoyenne-contre-la-loi-travail-p-martinez-cgt-791945
6 dans le projet initial de Mélenchon en 2012, la « constituante » était sensée cohabiter avec l’assemblée nationale et le président de la V è me république, il n’était donc pas question de rupture mais de transition douce d’une république à une autre
7 Sobriquet que Mélenchon donne aux dirigeants du PS, dont le siège se trouve Rue de Solferino à Paris

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