L'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux mêmes

La Commune - Pour un parti des travailleurs - membre du courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs ( IVe Internationale)
(ADIDO - 8, rue de la Forêt Noire 34 080 MONTPELLIER)


Les leçons d'une révolte civique...

Publié le dimanche 16 mai 2010
Bilan des élections régionalesLe dernier CPN des 27 et 28 mars a analysé, dans une résolution : " les traits marquants de la situation politique après les régionales " Je ne partage pas une bonne partie des appréciations de cette résolution et je voudrais m'en expliquer.
Les élections régionales sont, à bien des égards, riches d'enseignements, à condition de prendre toute la mesure de la progression fulgurante de l'abstentionnisme d'une élection régionale à l'autre et bien entendu de l'ampleur de la déroute du clan Sarkozy. Les résultats soulèvent bien des questions : quelle est la nature et le contenu social des abstentions ? Assiste-t-on à un regain de la gauche institutionnelle ? Y a-t-il une " remontée du FN " ? A tout le moins, il n'est pas possible d'apporter une réponse claire à ces questions sans recourir à l'analyse concrète des résultats. Alors d'abord, les chiffres, rien que les chiffres.



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1-D'une élection régionale à l'autre, 8 millions d'abstentionnistes en plus

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De 15 millions et demi d'abstentions (37%) au premier tour des régionales de 2004, nous passons à 23 millions et demi au premier tour des régionales de 2010.(53,65%).
Cette donnée incontournable n'a échappé à personne et en particulier à Yann Le Pollotec, responsable du secteur Élections du PCF qui écrit dans la revue " Communistes " [n° 386 - Supplément à l'Humanité du 24 mars 2010] :
" Avec un accroissement de + 41,68 % au 1er tour et + 42,27 % au 2e tour par rapport aux deux tours de 2004, l'abstention constitue l'événement central des élections régionales de 2010. Jamais dans l'histoire de la Vè République, on n'a connu une telle augmentation de l'abstention entre deux élections strictement comparables. La progression fulgurante de l'abstention touche massivement les quartiers populaires (Clichy-sous-Bois 71,48 %, + 52,79 % sur 2004 ; Stains 71,44 % d'abstention, + 49,23 % sur 2004)..."

Le fait est là : l'abstentionnisme atteint des records dans les banlieues et quartiers ouvriers et populaires.

En voici quelques autres exemples édifiants (chiffres du second tour)




| Villeneuve Saint-Georges (94) | 62,73% |
| Vitry- sur- Seine (94) | 59,81% |
| Vénissieux (69) | 61.91% |
| Behren-Lès-Forbach (57) | 66.77% |
| Le Havre (76) | 58.29% |
| Longwy (54) | 61.04% |
| Trappes (78) | 63.23% |


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2- l'UMP : 11, 61% des inscrits





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La déroute de l'UMP, flanquée du Nouveau Centre et de l'extrême-droite Villieriste, est foudroyante et historique. Au second tour, elle se traduit par endroits par des résultats surréalistes. Dans des villes " bourgeoises " comme Vincennes, Saint-Maurice, Charenton ou Joinville dans le 94, la droite est devancée par la gauche au second tour. De même, pour le département " sarkoziste " des Hauts de Seine. Dans le même sillage, le Modem est laminé dans les grandes largeurs. La " victoire " de l'UMP à la Réunion au second tour provient du maintien de la liste PS concurremment à la liste de Paul Vergès (PC Réunionais). Restent l'Alsace et la Guyane.



3- " Le Front national se relance " écrit la résolution du CPN





Drôle de relance en vérité puisque, d'une élection régionale à l'autre, les chiffres indiquent que le FN...recule. Ainsi :
En 2004, au 1er tour, les résultats du FN se déclinaient ainsi :


| 3 564 059 voix | 14,70% des suffrages exprimés | 8,69% des inscrits |


En 2010, au 1er tour, cela donne :



| 2 223 800 voix | 11,42 % de suffrages exprimés | 5,12% des inscrits|

| Ce qui représente une perte sèche de 1 million 340259 voix. |


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Mais les spécialistes es-sciences politiques qui s'affairent et grenouillent dans les médias et instituts de sondages, rompus à l'art de la manipulation statistique (qui est la base de la science politique officielle), invoquent une remontée du FN ... au second tour. Et de citer à l'appui de cette thèse, le résultat des Le Pen, père et fille, en Provence- Alpes-Côte d'azur et au Nord-Pas de Calais

S'agissant de la région Nord-Pas de Calais

2004 :



| Carl Lang | FN | 1er tour
290 908 voix | 1er tour
17,94% des suffrages exprimés
10,42š% des inscrits | 2ème tour
336 434 voix | 2ème tour
19,73% des suffrages exprimés
12,06% des inscrits |


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Première remarque : Carl Lang, moins connu que Marine Le Pen, progresse entre les deux tours. Le phénomène de l'augmentation du score FN d'un tour à l'autre n'est pas nouveau en 2010

2010 :


| Marine Le Pen | FN | 1er tour
224 871 voix | 1er tour
18,31 % des suffrages exprimés
7,83% des inscrits | 2ème tour
301 201 voix | 2ème tour
22,20% des suffrages exprimés
10,49% des inscrits |


| Le FN accuse donc une perte de 35 322 voix par rapport au second tour de 2004, dans le Nord - Pas de Calais, où Marine Le Pen ambitionnait de devancer la droite au second tour |


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Peut-être alors est-ce vrai pour la région PACA ?



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S'agissant de la région PACA




| 2004 | Guy Macary FN | 1er tour
415 171 voix | 1er tour
22,95 % des suffrages exprimés
13,51% des inscrits | 2ème tour
409 786 voix | 2ème tour
21,01% des suffrages exprimés
13,34% des inscrits |
| 2010 | JM Le Pen FN | 296 283 voix | 20,30% des suffrages exprimés
8,85% des inscrits | 387 481 voix | 22,87% des suffrages exprimés
11,58% des inscrits |


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| Perte du FN au second tour en région PACA par rapport à 2004 : plus de 22 000 voix. Le FN a simplement récupéré une partie des voix perdues au premier tour (un peu plus de 120 000). C'est ce qui donne l'impression que le FN " remonte ". Il faut toujours se méfier de ses impressions... |


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4-l'effritement de la gauche institutionnelle





Dans son commentaire sur les abstentions cité plus haut, Yann Le Pollotec, responsable du secteur Élections du PCF note : " Ce phénomène ne relativise en rien la sanction électorale écrasante qu'a subie la droite, mais il fragilise les résultats obtenus par l'ensemble des formations et coalitions de gauche.


Le PS : 13,08 % des inscrits



Ainsi, le PS dont les analystes patentés nous disent qu'il s'est rétabli de la claque magistrale des " Européennes " et de son endémique crise interne, rassemble à grand peine 13, 08% des électeurs inscrits au soir du Premier tour. Bel effort !

S'agissant de la gauche institutionnelle, nous enregistrons une perte de 1 million et demi de voix par rapport à 2004. Cette perte ne peut d'autant moins être minimisée que, dans le même temps, le nombre total d'électeur inscrits a augmenté, passant de 40 976 244 à 43 354 968.

| En 2004, la gauche représentait 31,47 % des inscrits. En 2010, elle n'en représente plus que 26,16%. Pourquoi ne pas le dire ? |




Voilà ce que valent les 54,3% des suffrages exprimés acquis par la gauche, le 21 mars dernier


5-Les résultats du Front de gauche : " plutôt bons dans le contexte ", selon la résolution ?






Le front de gauche : 2,6% des inscrits





Commençons par indiquer le score réel du Front de gauche : 2,6% des inscrits. Certes, le Front de Gauche n'était pas présent dans toutes les régions. (22 régions au total). Ainsi, en Bourgogne, le PCF a préféré se fondre dans une liste d'union de la gauche avec ler PS dès le Premier tour. Mais, par projection, on peut estimer sans risque de se tromper que le Front de gauche n'aurait pas dépassé les 3% d'électeurs inscrits.

Qu'à cela ne tienne, Yann Le Pollotec, dans l'article de la revue " Communistes " cité plus haut, parle lui aussi de " consolidation " de ce bloc électoral vertébré par le PCF, flanqué de Mélenchon :

" Le Front de gauche sort du 1er tour avec un étiage consolidé. Il progresse dans 10 régions sur 17 par rapport aux Européennes de 2009 (6,95 % et + 0,48 %). Dans les 7 régions où la comparaison est possible et pertinente3, on note une progression dans 4 régions par rapport à 2004 (7,33 % et + 0,22 %). "

Répétons-le à l' intention de Le Pollotec : il n'est pas pertinent d'évoquer une augmentation de 0,22% des suffrages exprimés par rapport à 2004, après avoir soi-même fait état d'une augmentation de 41% des abstentionnistes en 2010 par rapport à 2004 . Cela cache mal une diminution en valeur absolue du nombre de suffrages obtenus. Pour mémoire : dans quelques régions, le PCF s'était présenté seul au Premier tour, ce parti optant ailleurs pour l'union dès le 1er tour avec le PS et Les Verts.



Prenons donc à nouveau pour exemple le Nord- Pas de Calais :



| 2004 | Alain Bocquet PCF | 173 200 voix | 10,68% des suffrages exprimés ; 6,21% des inscrits |
| 2010 | Alain Bocquet
FG- Alternatifs- DVG | 132 435 voix | 10,78% des suffrages exprimés ; 4,61% des inscrits |




Cela représente une déperdition de plus de 40 000 voix, pour une " augmentation " héroïque de 0,1% des exprimés. Quelle consolidation, en effet !

A contrario, nous avons le cas de l'Auvergne où le candidat PCF progresse de 14 000 voix, d'une Régionale à l'autre.




| 2004 André Chassaigne | PCF | 54 609 | 9,20% des suffrages exprimés % ; 5,60 % des inscrits |
| 2010 André Chassaigne | FG - M'PEP | 68 146 | 14,26% des suffrages exprimés 6,85% des inscrits |


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En Corse, le PCF-FG progresse de 4000 voix, ce qui permettra au PC-FG d'avoir " sa " Présidence de Région




| Dominique Bucchini | PCF | 9 147 | 6,62% des suffrages exprimés ; 4,68 des inscrits |
| Dominique Bucchini | FG | 13 107 | 10,02% des suffrages exprimés ; 6,15 des inscrits |




D'un côté, nous avons donc 40 000 voix de perdues, de l'autre 18 000 seulement de gagnées.


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A ces comparaisons s'ajoute le cas particulier de la Picardie




| 2004 Maxime Gremetz | PCF | 83 282 | 10,86% des suffrages exprimés ; 6,51% des inscrits |


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En 2010, Gremetz a donc constitué une liste dissidente. Les deux listes du même rameau PCF obtiennent vaille que vaille 66 364 voix.
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| 2010 Maxime Gremetz
PCF dissidents | 35 643 | 6,2 % des suffrages exprimés
2,70 % des inscrits | FG - Alternatifs - PCOF - DVG| 30 721 | 5,35% des suffrages exprimés
2,32% des inscrits |


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Perte : près de 17 000 voix !



Sur le site " socialisme maintenant ", un état comparatif d'ensemble a été dressé, avec l'annotation suivante qui est absolument irréfutable :
" En 2004, le PCF se présente seul, ou soutenu par de petites organisations (MRC, PRG...) dans 8 régions. l'étude purement statistique ci-jointe indique clairement d'une part qu'il n'y a pas de dynamique Front de gauche, d'autre part, si on prend en compte le nombre de suffrages exprimés pour le Front de Gauche et non les pourcentages, on constate une perte de 127 909 voix par rapport aux résultats du PCF en 2004. "


État comparatif des résultats du PCF au 1er tour des élections régionales de 2004 et du Front de Gauche à celles de 2010 :


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| Alsace | Jean Yves Causer Alsace à gauche,
liste soutenue par le PCF | 9695 | 1,86% | André Wahl PCF | 24692 | 3,73% | -14997 |
| Aquitaine | Gérard Boulanger (PG) | 64370 | 5,95% | A Guilhaulmet PCF | 58485 | 4,35% | +5885 |
| Auvergne | André Chassaigne (PCF) | 68050 | 14,24% | André Chassaigne PCF | 54609 | 9,20 % | +13441 |
| Corse | Dominique Bucchini (PCF) | 13108 | 10,02% | Dominique Bucchini PCF | 9147 | 6,62% | +3961 |
| Franche Comté | Evelyne Ternant (PCF) | 16171 | 4,05% | Evelyne Ternant
PCF MRG PRG | 19977 | 4,18% | -3806 |
| Ile de France | Pierre Laurent (PCF) | 189183 | 6,55% | Marie Georges Buffet PCF | 263915 | 7,20% | -74732 |
| Nord Pas de Calais | Alain Bocquet (PCF) | 132450 | 10,78% | Alain Bocquet PCF | 173200 | 10,68% | -40750 |
| Picardie | Thierry Aury (PCF) + Maxime Gremetz (dissident PCF) | 66371 | 11,51% | Maxime Gremetz PCF | 83282 | 10,86% | -16911 |
| . | Totaux | 559398 | . | . | 687307 | . | - 127909 |


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(Source : Etat comparatif des résultats du PCF au 1er tour des élections régionales de 2004 et du Front de Gauche à celles de 2010http://www.socialisme-maintenant.org/)

Mais, redonnons la parole à Yves Le Pollotec :

" Le Front de gauche n'a pas été emporté par la vague rose du 1er tour et réussit même une belle performance de 2e tour dans le Limousin en progressant de 5,97 %. Dans presque toutes les régions cela n'a pas permis de compenser la baisse du poids relatif du Front de gauche par rapport au PS et à Europe Ecologie, ce qui a entraîné une perte sèche en élus par rapport à 2004. "

Le cas du Limousin mérite en effet que l'on s'y arrête. Nous avons là une vraie progression du Front de Gauche allié à nous qui, en se maintenant au second tour, est apparu dans cette région-là comme une force politique en rupture avec la gauche institutionnelle et la politique " cohabitationniste " du PS.

| Quant à la perte sèche d'élus, elle est considérable : Le PCF a obtenu 95 élus dans 17 régions, soit 90 de moins qu'en 2004 |


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Part des élus PC et Front de gauche (% du total des élus de gauche)
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| 2010 | 11,3 |
| 2004 | 18,0 |
| 1998 | 21,1 |
| 1992 | 20,4 |
| 1986 | 21,3 |


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Autre question pointée par Le Pollotec : qui a voté pour les listes " FG " ?
" l'électorat actuel du Front de gauche est fortement politisé, ancré à gauche, unitaire. Il prospère plutôt dans les lieux de mixité sociale que dans les quartiers populaires ghettoïsés. "

Les électeurs du Front de gauche seraient donc en somme quasiment des militants et, en tout cas, " fortement politisés ", habitant de préférence des quartiers " petit-bourgeois ". Voire.

Un déclin qui se poursuit

Il reste donc qu'avec 90 élus de moins qu'en 2004, avec une nouvelle fournée de départs en masse (Braouezec, Zarka, Martelli et quelques autres du même acabit ) ces derniers jours, il est difficilement compréhensible que la résolution du CPN écrive : " (...)Le fait est qu'en choisissant l'alliance avec le Parti de gauche, le PCF lors de ces élections a enrayé son déclin électoral continu entamé dans les années 80 (...) " alors que c'est manifestement le contraire : le déclin se poursuit et pas qu'un peu et même avec le renfort de la roue de secours du stalinisme, Mélenchon.



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6-NPA : la rançon de campagnes électorales électoralistes




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" nos propres listes réalisent un score décevant " écrit la résolution du CPN . Bilan lucide en effet dont nul d'entre nous ne cherchera à se réjouir. D'aucuns diront que le NPA, pour bien faire, aurait, plus encore qu'il ne l'a fait, dû céder aux sirènes du Front de gauche qui, on l'a vu, ne fait guère mieux. Je pense au contraire que le NPA aura trop voulu faire une campagne " régionale " (alors même que les Régions ne sont pas, loin s'en faut, des institutions républicaines comme le sont, à l'origine, les communes et les départements, institutions façonnées par la Révolution de 1789-1793). Le mot d'ordre " ne rien lâcher, tout changer " que je trouve pour ma part excellent et parfaitement compréhensible en tant que tel par les travailleurs et qui devait rythmer la campagne, est devenu inintelligible, car il n'avait pas comme contenu notre Plan d'urgence, sur l'axe " interdiction des licenciements et des suppressions de postes - défense des services publics et arrêt des fermetures de gares, de postes, d'hôpitaux- augmentation générale des salaires - retour au 37,5 public-privé pour défendre les retraites". Ou alors insuffisamment et du bout des lèvres. Comme quoi, une approche par trop électoraliste n'est pas propice au succès électoral. Seule une orientation " lutte de classes ", sera garante du renforcement en voix et en cartes de notre Parti et d'une remontée sur le plan électoral.


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7-Abstention, démocratie, régionalisation et lutte des classes





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D'après la direction du PCF, les abstentions seraient dues dans une large mesure à la dépolitisation des masses populaires (depuis trente ans, le PCF parlait à chaque coup de " glissement à droite de la société française ". Cette fois, il a dû quelque peu changer de registre, compte-tenu de la déroute de la droite). Dans l'article de la revue " Communistes " cité plus haut, nous lisons :

" Une nouvelle forme d'abstention émerge. Le sondage post électoral du CSA en témoigne lorsqu'il note que 28 % des abstentionnistes disent " ne pas s'intéresser à la politique ", alors qu'ils n'étaient que 18 % en juin 2009 lors des européennes à émettre cette opinion. Ainsi se conjugue une déculturation croissante d'une partie de la population française par rapport à la politique et aussi un sentiment fort d'impuissance et de perte de sens de la politique face à la crise et ses ravages socio- économiques. l'abstention massive est l'expression d'un doute profond dans la capacité de la politique et des organisations qui l'incarnent à être porteuse de sens et à être capable d'agir efficacement sur le réel. Ce n'est ni une crise de la forme parti, ni de la démocratie représentative, mais une crise de la représentation politique, y compris en terme d'hégémonie culturelle sur la société. De ce point de vue, les promesses non tenues de Sarkozy à Gandrange ont eu des effets aussi dévastateurs que l'impuissance revendiquée par Jospin du politique sur l'économique. "

Cette analyse socio-politique pour soirée électorale est carrément fumeuse. Son auteur aurait-il oublié qu'en 2005, lors du référendum sur le Traité constitutionnel européen (TCE), les habitants et jeunes des quartiers ouvriers et populaires sont allés voter en masse. Dans les bureaux de vote de ces quartiers prétendument " déculturés ", le NON a atteint des scores dépassant souvent les 80%. Nationalement, le NON l'a emporté à 55%. Or, le suffrage universel a été bafoué par le traité " réduit " de Lisbonne calqué sur le TCE. La démocratie a été violée, non seulement par Sarkozy mais aussi par le PS qui avait appelé à voter OUI sans vergogne le 29 mai 2005.

Dans ces conditions, à quoi bon voter si les résultats sont piétinés dès le lendemain, se disent les électeurs ? A quoi bon voter si " les promesses n'engagent que ceux qui y croient " ? A quoi bon voter pour le " bouclier social " brandi par la " gauche " gestionnaire des régions pour prétendument protéger la population des méfaits de Sarkozy et des conséquences de la crise, lorsque les élections du dimanche préparent les expulsions locatives ou les licenciements du lundi ?

Les Régions, de fait, sont devenues le cadre de la nouvelle forme de cohabitation entre la gauche institutionnelle et la droite " républicaine ".
Un partage du pouvoir s'opère, une gestion paritaire du pays s'improvise. Aux Régions les pouvoirs subsidiaires, de gestion de la crise, de la pénurie, d'accompagnement des mesures gouvernementales en particulier du désengagement de l'État sur les services publics, (agences postales communales etc) les transports.... A l'État les services régaliens, police, armée, finances, le tout dans la voie de l'Europe des Régions. Faut-il rappeler que la Régionalisation avait été battue en brèche lors d'un autre Référendum, le 27 avril 1969, qui avait entraîné la chute du Général de Gaulle ?

La Régionalisation s'insinua par d'autres chemins d'accès, plus longs. Ceux de la décentralisation, initiée par Giscard et mise en place par les lois de 1982-83 par Mitterrand-Mauroy-Defferre-Le Pors Le tout formant un dispositif de démantèlement des conquêtes sociales, de la Fonction publique et de son statut et de tous les services publics et la privatisation accélérée.


8-Quelle est la nature de l'abstentionnisme ?





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Dans ces conditions, comme l'avait noté un journaliste du Figaro au lendemain des Régionales de 1998, " les abstentionnistes du dimanche sont les grévistes du lundi ". Dès le 23 mars, cet adage semblait se vérifier au travers des puissantes manifestations regroupant selon les états-majors syndicaux plus de 850 000 manifestants dans tout le pays. Va-t-on nous dire que seuls les votants étaient dans la rue ce jour-là ?
C'est pourquoi nous ne pouvons pas faire l'économie de la discussion sur la véritable nature profonde du phénomène abstentionniste (du moins l'abstention ouvrière et populaire, la plus massive et celle qui nous importe) Je ne suis pas d'accord pour considérer, comme j'ai pu le lire ici ou là que " d'élection en élection, le phénomène (...) marque une défiance de plus en plus importante vis-à-vis de la politique ". Faux, il ne s'agit pas de " la politique " comme une catégorie abstraite. Il s'agit du rejet de toutes les politiques anti-ouvrières, anti-jeunes, anti-femmes appliquées jour après jour depuis trop d'années par la droite et la gauche institutionnelle. Il ne s'agit pas d'une " déculturation " comme le prétend le PCF, comme s'il fallait mener des campagnes d' instruction civique à l'échelle du pays ! Et quels conseils devrions-nous donner aux abstentionnistes ? Votez, votez pour qui vous voulez mais votez ! Votez pour Aubry qui veut liquider la retraite à 60 ans, tout comme la droite ? Votez pour le PCF qui, d'une élection à l'autre emboîte systématiquement le pas au PS quand il ne le devance pas ? Votez Mélenchon qui se prononce pour une économie " mixte ", pour le " droit d'Israël à se défendre " en plein massacre de Gaza, pour la défense du raciste Eric Zemmour baptisé par lui " un de nos brillants intellectuels ( !) ?.
Impensable, bien entendu.

Alors non. Les millions d'abstentionnistes se détournent des urnes car ils ne voient plus, à bon droit, d'issue par le bulletin de vote. Ils manifestent ainsi leur brutal rejet de tous les partis qui les piétinent dans leurs conditions de vie et écrasent leurs espérances. Ces millions constituent pour nous le réservoir de nos forces prochaines, notre base sociale et électorale pour peu qu'ils voient que nous leur proposons, non des cuisines électorales pour quelques hypothétiques strapontins, mais d'engager la lutte pour leurs revendications immédiates sur le seul terrain qui leur reste, qui leur est accessible et qui leur est...laissé. Celui du " tous ensemble ", y compris celui de la Grève générale. Incantatoire ? Certainement pas : il n'y a pas d'autre issue désormais. Surtout s'il s'agit dorénavant d'engager le combat décisif pour la défense des retraites par répartition.



9-" Nous n'avons pas pu, pas su lutter contre un climat abstentionniste qui touche l'électorat d'extrême gauche, le plus populaire, le plus jeune... "




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Entièrement d'accord avec ce passage de la résolution du CPN. Alors il faut aller jusqu'au bout de ce constat, se saisir pleinement du plan d'urgence et tourner le dos à des " alliances " sans principe au prétexte de l'unité comme dans l'aventure lamentable qui a été réalisée en Languedoc-Roussillon pour ne prendre que cette caricature.

Pour dîner avec le diable, il faut une grande cuillère, dit-on. Il faut croire qu'à Montpellier, la direction régionale n'avait que des couverts en plastique à donner aux camarades. l'alliance Front de gauche-NPA s'est échouée sur les rives de Mandroux, candidate de Martine Aubry et il serait bon qu'on nous explique en quoi Mandroux était plus à gauche que l'aventurier Frêche. A propos de la courte idylle de nos camarades de la direction régionale avec Revol, du Parti de Gauche, on lit dans Le midi libre du 28 mars une petite brève : " Élections : le trio Revol-Roumegas-Mandroux a dîné jeudi chez Christian Assaf, directeur du cabinet du maire. Au menu : recomposition de la gauche à Montpellier, discussions sur les prochaines élections, dont les législatives et la cantonale partielle à venir (...) " Il n'aura pas fallu longtemps pour qu'apparaisse la vraie nature du Parti de gauche local.

l'unité ? Mais bien entendu, et plutôt deux fois qu'une. Mais pas n'importe laquelle : celle qui rassemblera sur tout ou partie de notre plan d'urgence. A commencer par les retraites.

De même que la victoire du NON au référendum en 2005 fut le prélude de la formidable mobilisation des jeunes, rejoints par les salariés, un an plus tard, contre le CPE , le résultat tout à fait exceptionnel des Régionales, compte tenu du raz-de-marée abstentionniste et de la déroute de Sarkozy à 2 ans des présidentielles, est annonciateur de l'explosion sociale qui vient, lentement mais sûrement.

Pedro Carrasquedo (comité Pays basque intérieur, Mauléon-Soule)

Le 29 mars 2010



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