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La Commune - Pour un parti des travailleurs - membre du courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs ( IVe Internationale)
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« Mais, pourquoi font-ils ça ? »

Publié le lundi 16 mai 2016

À propos de l’attitude de l’intersyndicale face à la loi Travail

« Mais, pourquoi font-ils ça ? »

Mardi 10 mai, en toute hâte, un conseil des ministres extraordinaire se réunit et, dès le début de la séance des QAG (questions au gouvernement) Valls annonce officiellement le 49-3, alors que le débat parlementaire a commencé la veille…par la procédure dite de vote bloqué sur l’article 1 de cette loi.

La pression s’abat sur les « frondeurs » afin qu’ils ne votent pas la motion de censure déposée par la droite, seul moyen « parlementaire » de faire sauter la loi Khomri. Bien sûr, en allant au Canossa, les « frondeurs » ont pris une lourde responsabilité qui ne souffre aucune excuse. Gérard Filoche « plus à gauche » se chargera de leur en trouver, le brave homme.

Ce coup de force précipité est l’ultime démonstration de la faiblesse de ce gouvernement aux abois qui grille ses dernières cartouches

Face au coup de force

En revanche, il est clair que les choses auraient pu se passer différemment si face à cette sorte de coup d’État institutionnel, l’intersyndicale avait enfin pris le taureau par les cornes et appelé cette fois à la grève nationale, totale, interprofessionnelle jusqu’au retrait, c’est-à-dire à la grève générale.

Nous connaissons par cœur tous les arguments, et les arguties, qui militent contre la bataille en faveur d’un appel de l’intersyndicale à la grève générale. « les gens ne suivront pas, ça ne se décrète pas, il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton et, les gens n’ont qu’à la faire, on soutiendra toutes les grèves reconductibles ». La vie procède autrement : « la preuve du pudding, c’est qu’on le mange » aimait à dire Engels. Tant que l’appel n’est pas lancé, impossible de savoir ce qu’il donne. Or, il existe une large avant-garde déterminée à aller jusqu’au bout. En l’armant de cet ordre de grève, elle peut convaincre les hésitants et les hésitants peuvent se dire : CGT FO SOLIDAIRES FSU CNT et UNEF, UNL, SGL lancent un appel commun, il devient possible de gagner : qui ne tente rien, n’a rien.

Les conditions politiques d’un tel appel sont réunies : gouvernement isolé, privé de majorité au parlement, rejet de la loi et du 49-3 par les trois-quarts de la population. Qui veut la fin, veut les moyens. Or depuis le début de la riposte largement spontanée à ce projet de loi, il n’y a eu aucun appel à la grève carrée, même pas de 24 heures, pas même grève d’avertissement.

La locomotive : en tête ou en queue ?

Martinez croit avoir trouvé une parade : « nous appelons nos militants à proposer des grèves reconductibles, partout où c’est possible ». Mais là où le problème se pose, à la SNCF : les chefs fédéraux de la CGT-Cheminots disent : grèves tous les mercredis et jeudis. Du jamais vu. Les anciens appelaient cela : « la grève des bras croisés » : assez « dure » pour user la patience des usagers, pas assez conséquente pour tout bloquer. Des responsables plus « radicaux » disent : « nous, les cheminots, on doit être la locomotive ». Les cheminots furent la locomotive en 1995 parce qu’ils partirent les premiers, sur les chapeaux de roue. Mais là, on leur propose d’être la locomotive attelée en queue d’un train qui s’arrête toujours entre deux gares. Comme en 2003, où en pleine grève générale des enseignants, après une grève interprofessionnelle qui recensa 7 millions de grévistes le 13 mai, les chefs fédéraux de la CGT cheminots prièrent les cheminots d’attendre …le 3 juin, lorsque les enseignants après deux mois de grève étaient presque au bout du rouleau. Nous connaissons la suite : la réforme Raffarin-Fillon fut votée et appliquée.

Pourtant, Mailly, en cette fin février, avait sorti les muscles « la loi El Khomri », on allait voir ce qu’on allait voir…Et, on voit. Le spectacle auquel se livrent, tels deux vieux compères, Martinez et Mailly est désolant. Rappelons succinctement les faits

La dynamique

Le 9 mars dernier, il était clair que la dynamique était créée, dans des manifestations auxquelles les directions syndicales ont fini par appeler, au dernier moment, du bout des lèvres. 500 000 manifestants, de nombreux militants CGT, des jeunes : une large avant-garde ouvrait la marche vers la grève générale en vue d’imposer le retrait pur et simple de la loi El Khomri. Des manifestations sérieuses. Pas d’incidents sérieux. Ce même jour, la grève carrée des cheminots était massivement suivie, en défense de leur réglementation, en dépit de la présence inopportune au sein de l’interfédérale cheminot, de la CFDT et de l’UNSA, syndicats réformateurs acquis par définition à la loi « travail ». Un seul mot d’ordre : ni amendable, ni négociable, retrait de la loi El Khomri.

Face à cette détermination, le gouvernement a commencé à manœuvrer en recul : faire mine de lâcher quelque chose pour sauver l’essentiel, la quintessence du texte de loi.

Les manifestations prenaient appui sur la pétition loi travail – non merci qui, en quelques jours, avait recueilli un million de signature en ligne. Dans le même temps, les sondages indiquaient que 70% des personnes interrogées étaient opposées à cette loi.

Une dynamique (provisoirement) enrayée

Dans un tract intitulé « la grève » diffusé dans les grandes gares par l’Union Syndicale Solidaires, nous lisons « 9 mars, 12 mars, 17 mars, 24 mars, 31 mars, 9 avril, 12 avril, 14 avril, 20 avril, 28 avril, 12 mai, 17 mai, 19 mai…Maintenant, il faut organiser la grève reconductible.

Précision utile : la première journée d’action interpro a été programmée le 31 mars. Entre le 9 et 31 mars, la plupart des « journées » étaient des initiatives des syndicats lycéens et étudiants. Pendant ce temps, le gouvernement a pu, avec ses partenaires réformateurs CFDT, CGC et autre UNSA, peaufiner l’avant-projet de loi et le « décret socle » destiné aux cheminots pour liquider leur Réglementation du travail.

Deuxième précision édifiante : le 31 mars, il n’y a pas eu d’appel carré de l’Intersyndicale à la grève nationale, même pour 24 heures et, pas d’appel carré en particulier dans la Fonction publique, à la SNCF, etc. Dans ces conditions, plus d’un million de manifestants, c’était le signe d’une véritable lame de fond, dans tout le pays. Dès lors, la grève générale était à l’ordre du jour

Il faudra donc attendre le 28 avril pour un second temps fort. Pour tromper l’attente, se mettent donc en place la fameuse Nuit-Debout qui permettent, qu’on le veuille ou non à la communication gouvernementale et aux medias de faire diversion : la question de la loi El Khomri s’estompe derrière ce phénomène d’indignation globale qui remplace l’espoir par la griserie.

Mais, il y a plus grave : à l’initiative des bonzes de la fédération CGT des cheminots, un appel à une grève carrée des cheminots est lancé …le 26. Avec …le duo réformateur CFDT-UNSA pro-réforme ferroviaire et pro- El Khomri. Intersyndicale contre-nature, avec des organisations jaunes fluo ! Et, naturellement : pas d’appel carré à la grève, à la SNCF, le 28. Dans ces conditions, la mobilisation du 28 avril passe pour être en retrait par rapport à celle du 31 mars. Cela a été « étudié pour » par des directions syndicales qui n’avaient nullement l’intention de se prononcer pour le retrait de la loi El Khomri et de couper les ponts du « syndicalisme rassemblé » avec les ennemis du syndicalisme de la CFDT.

Les grèves reconductibles, panacée universelle ?

Et, au lendemain du 28 avril, les salariés sont priés d’attendre…le 12 mai. Moyennant le traditionnel défilé du 1er mai.

Le gouvernement a alors toute latitude pour préparer son coup d’État institutionnel en vue de renverser le droit du travail.

Certes, les « carottes ne sont pas cuites » pour autant. Même si, le 12 mai, il n’y a toujours pas d’appel de l’intersyndicale à la grève générale, fût-ce pour 24 heures, qui, dans les conditions de la crise de régime, aurait pu déjouer ce coup de force inédit.

Les routiers sont appelés à la grève le 16, les cheminots le 18. Il y aura deux temps forts interpro en une semaine.

Et, tant Martinez que Solidaires, nous présentent les grèves reconductibles comme la panacée universelle. Alors qu’en réalité, elles sont, neuf fois sur dix, l’organisation de la dispersion. Ce n’est pas la grève générale mais les grèves « décentralisées ». Le passé en témoignage : grèves reconductibles des cheminots en 2003, en 2007, en 2010, en 2014 : pour quels résultats ?

Retour sur 1995

Oui mais, en 1995, ça avait marché, nous dira-t-on : un retour rapide sur la grande grève potentiellement générale (pour reprendre l’expression de Pierre Bourdieux à l’époque) montre qu’une grève reconductible est une arme efficace quand elle se produit au bon moment. Le Plan Juppé fut présenté le 15 novembre 1995 et le grève démarra le 24. Et, le 28 novembre, il y eut une grève générale interprofessionnelle à l’initiative de FO. A l’époque, les cheminots avaient solidement liés leur combat spécifique avec le combat général de tous les salariés. La grève des cheminots et de tous les transports publics terrestres dans tout le pays ne fut pas une grève « dans le brouillard »mais une grève où les cheminots de tous services empêchèrent tout train de partir, en occupant la « feuille » dans tous les dépôts de rames et locomotives. (la feuille est une sorte de poste de commandement où se trouve le planning d’arrivée et de départ des trains). Le pays fut donc paralysé pendant trois semaines et chaque temps fort donnait corps à des manifestations monstres, jusque dans les villages. De jour en jour, les cheminots recueillaient un soutien toujours plus grand de la population. Aucun train, aucun bus, aucun métro ne circulait.

Si nous comparons aux grèves de 2003 contre la réforme alignant la durée de cotisation des fonctionnaires sur le privé, grèves adossées sur la grève généralisée de l’éducation nationale, nous sommes face aujourd’hui à un gouvernement beaucoup plus faible, qui n’a plus de majorité parlementaire et dont le parti godillot voit ses permanences malmenées chaque jour, un parti qui perd tous les jours des centaines d’adhérents, sur fond d’abstentionnisme aux allures de grève du vote.

Dans cette situation, le rôle de l’intersyndicale est d’appeler à la grève générale dans tout le pays, toutes corporations confondues. Nous ne prétendons pas qu’en une journée, tout le pays se couvrira de grève. Mais, cet appel donnerait l’élan, immédiatement, à une grève reconductible massive des cheminots et des routiers, lèveraient les hésitations de nombreux cheminots à partir en grève « dans le brouillard ». Au lieu de quoi, à la SNCF, nous avons d’un côté FO et SUD-rail qui appellent à la grève reconductible et de l’autre la CGT qui appelle à la grève uniquement les mercredis et jeudis et programme la grève reconductible à partir du 1er juin. Cette cacophonie a, qu’on le veuille ou non, un effet dissuasif : elle ne donne pas goût à l’action. Les plus hésitants, en particulier, dans l’encadrement de « proximité » vont alors se tourner vers ces syndicats UNSA et CFDT qui leur disent : « nous avons pas besoin de tout ce tapage épuisant pour limiter les dégâts en négociant les pourtours de la casse du RH00077 contre laquelle on ne peut rien faire de plus. » et pour paraphraser un sketch de Coluche : « on fait pas grève, donc, on gagne plus »

Encore une fois : seul l’appel à la grève générale et à la montée nationale peut nous faire sortir de cette ornière et de la crainte de grèves reconductibles en cul de sac.

A formes d’action mauvaises, intentions honteuses

Au lieu de quoi, les bonzes de l’intersyndicale s’appliquent de leur mieux, nous venons de le voir, à tronçonner, morceler, fragmenter, disperser le mouvement général qui s’est engagé en mars dernier dans un seul but : le retrait pur et simple de la loi El Khomri. Un retrait, qui, à n’en pas douter, créerait une position de départ pour en finir avec le gouvernement, ses réformes, son Union Européenne et satisfaire les revendications les plus urgentes.

Alors, pourquoi ils font ça, Mailly, Martinez et les autres ?

Ils agissent ainsi parce qu’ils ne veulent pas rompre avec le gouvernement, parce qu’ils ne veulent pas rompre avec l’Union Européenne (à laquelle ils sont attachés via la CES- confédération européenne des syndicats), parce qu’ils sont tentés par l’intégration des syndicats à l’Etat où ils auraient une place de « partenaires » agréés.

Pour un parti Lutte de classes

Ils peuvent se permettre d’ agir ainsi parce qu’il manque dans ce pays un parti de classe, un parti Lutte de classes militant pour aider les salariés à centraliser leur combat pour garder leurs acquis, pour aider les salariés à se réapproprier l’outil syndical de leur résistance, confisqué par des appareils parasitaires, tissant un réseau dans les entreprises, les chantiers, les services et les cités, de militants, de correspondants, de sympathisants. Un parti qui serve à combattre les capitalistes et leurs plans, un parti qui serve à combattre le gouvernement et sa politique, l’UE et ses directives. Un parti qui se construit, dans la lutte de classe, par la lutte des classes, pour la lutte de classes.

A cette étape, une chose est sûre : les événements que nous vivons depuis deux mois sont la première séquence de l’inévitable explosion sociale que prépare la crise du régime et les attaques sans fin des gouvernements successifs.

Oui, la grève générale est à l’ordre du jour.

 

Retrait total de la loi El Khomri !

16-05-2016


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