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La Commune - Pour un parti des travailleurs - membre du courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs ( IVe Internationale)
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Chronique hebdo n° 62, 15 mai 2015

Publié le vendredi 15 mai 2015

Implosion du  FN et crise  de tous les partis :

« Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés »

La crise du FN vient de déboucher sur une première explosion interne somme toute spectaculaire dans tous les sens du terme. Le fondateur du FN, Le Pen père vient de rompre avec sa fille qu’il avait pourtant adoubée comme son successeur et annonce qu’il va créer un courant qui, rassure-t-il « ne sera pas concurrent du FN » Mon œil… Cette crise en apparence soudaine laisse  pantois tous ces courants « très à gauche » et « toujours plus à gauche » ( mais aussi la droite) qui parlent depuis 30 ans déjà de la » montée du fascisme » qui serait  incarnée par l’émergence inexorable et triomphante du Front national. Du coup, cette crise ne rentre pas dans les schémas que tous ces gens s’étaient forgés depuis tant d’années.

Ces gens qui, ne cessant de crier au loup fasciste « entré dans Paris » culpabilisent les millions d’abstentionnistes ouvriers et populaires accusés de faire le jeu du FN. Nous ne sommes, quant à nous, pas pris au dépourvu par la violente accélération de cette crise de ce « parti », dans une atmosphère de « nuit des petits couteaux ». Elle mérite qu’on s’y arrête.

En juillet 2011, avant même que les rapports ne se tendent entre Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen, nous écrivions dans l’une de nos « chronique-hebdo » :

« A cette étape il est hasardeux de parler de montée du fascisme en France et de caractériser le FN comme un parti fasciste. Le FN est à la croisée des chemins: ou bien, il s'intègre dans le jeu politique normal se nourrissant de la crise de l'UMP, ou alors, il se transforme en un parti fasciste » [http://www.lacommune.org/Parti-des-travailleurs/blog/France/Comment-combattre-le-FN,i746.html ]

Scandale devant la pucelle

Tout au long de ces derniers mois, nous n’avons eu cesse d’affirmer que la crise politique tendant vers la chute du régime n’épargnait plus le FN. Et, depuis les élections départementales, la tension accumulée au sein du conglomérat qu’a toujours été le FN, s’est libérée. Il n’est pas nécessaire de revenir sur cette escalade brutale : les medias en ont fait leur feuilleton favori, ces derniers jours, en direct et en différé, sous toutes les coutures.

S’agissant des incidents qui ont émaillé le maigre rassemblement national du FN, le 1 er mai dernier, il est clair pour nous que ces incidents sont la manifestation de cette tension interne :

►journalistes agressés par des militants après le « coup du parapluie de Golnisch mais protégés par le DPS – service d’ordre officiel ;

►mascarade provocatrice des « Femen », ridicules comme à leur habitude ;

►irruption soudaine de Jean-Marie Le Pen, tel un diable sorti de sa boîte, à la tribune et qui empêche sa fille de commencer son discours ;

Puis très vite, est tombée comme un couperet la suspension de Jean-Marie Le Pen du « parti ». Laissons les medias s’épancher sur l’aspect « saga familiale » qui nous intéresse peu et le NPA évoquer un « psychodrame » : quand un « parti » se construit autour d’une famille, ses tensions internes disloquent la famille. Œdipe n’a rien à voir là-dedans et le « cordon ombilical » non plus. Les gens sérieux savent depuis longtemps que les questions personnelles sont toujours la réfraction, en définitive, de questions politiques sérieuses sur fond de lutte de classes.

Pourquoi la crise du FN éclate-t-elle maintenant ?

Le succès électoral du FN aux départementales aura été en demi-teinte : il ratifie une sorte de sur-place électoral, avec un enracinement réel en France rurale et une perte de vitesse dans les grandes agglomérations urbaines et, plus encore, l’objectif de gagner le département du Vaucluse n’a pas été atteint. Cet échec relatif permet donc au pôle le plus fascisant du FN, le plus rétif à sa normalisation institutionnelle, de montrer les crocs, au moyen des « petites phrases » dont Jean-Marie Le Pen est friand.

Les partisans de la normalisation du FN se braquent aussitôt. Nous connaissons la suite. 1 er mai plus qu’agité. Et suspension de Jean Marie Le Pen, trois jours plus tard.«Ce n'était pas un tribunal, c'était un peloton d'exécution » commentera aussi sec le fondateur du FN.

L’affaire Ménard

Aussitôt surgit l’affaire Ménard qui aurait fiché les élèves qui seraient musulmans dans la bonne ville de Béziers tombée entre pattes islamophobes. Celui-ci se défend avec aplomb en rappelant que Valls, dès 2008, était partisan d’un tel fichage et prêt à faire une proposition de loi en ce sens. En effet, la promesse d’un projet de loi pour un fichage ethnique de la part de Valls est un fait avéré. Et de nombreux hommes de droite, dont Eric Ciotti sont sur la même longueur d’onde. Et, maintenant, survient l’affaire du financement du micro-parti de Marine Le Pen. Hasard ou nécessité ?

Ce qui nous importe, c’est bien le fond de l’affaire. La crise actuelle du FN vient de loin : elle vient des conditions qui ont présidé à sa fondation il y a quarante ans et des conditions qui ont, dix ans plus tard, présidé à sa montée en gamme.

« Sommes-nous devenus le premier parti antifasciste et antiraciste de France ?»

Revenant sur « ceux qui ont allumé la flamme », le Parisien, dans son édition du 4 octobre 2013, note que le FN a « des racines clairement néo-fascistes », ce qui est presque vrai. Au moment de sa création, la direction du FN est composée notamment d’un ancien milicien (François Brigneau), d’un ancien milicien devenu SS (Léon Gaultier) et d’anciens du PPF de Doriot (seule ébauche d’un parti fasciste en France sous l’Occupation) ou de la Légion des Volontaires français contre le bolchevisme qui ont combattu avec les nazis contre l’URSS. Mais, car il faut toujours nuancer, la direction du FN ne se réduit pas à ces nazis gaulois. Pierre Pauty, trop jeune pour avoir participé à ces sinistres aventures, membre fondateur FN, écrira en 1986 :

« le FN n'est plus qu'une faction - conservatrice, bigote et cocardière - parmi d'autres factions politiciennes...Condamné par sa faute à prospecter prioritairement dans le milieu estimable mais minoritaire qui regroupe chaisières de Romorantin, demi-soldes de l'OAS, petits commerçants poujadistes en difficulté et derniers vestiges de la droite vichyssoise,... Le FN risque fort de plafonner au score qui est présentement le sien... De deux choses l'une : ou bien le FN, pour des raisons qui nous échappent, s'obstine dans ses choix rétrogrades en matière d'économie, de social, d'enseignement, de fonction publique, d'Etat, etc. et il perd à jamais les chances qu'il pouvait avoir de rassembler les Français (...) ou alors, il se débarrasse de ses tristes oripeaux reagano louis philippards, revient à des conceptions raisonnables (...) et alors il peut devenir cette grande force de salut national que le pays, pour l'heure, attend encore »

Marine-Philippot opèrent un tournant

Bien vu. Et c’est bien le tournant qu’est en train d’opérer la fille de son père quitte à tuer le père si nécessaire. Et Le Pen a assisté ces toutes dernières années, horrifié, à la lente mue du FN qui, certes pour les apparences mais en politique les apparences sont essentielles, a déclaré sa rupture avec le fonds de commerce de papa : l’antisémitisme, le négationnisme, l’exaltation de la race blanche etc. La direction du FN veut faire propre sur elle, quitte à mettre sous le tapis les sujets qui font tache, même si on n’en pense pas moins. Ils ne font d’ailleurs que rejoindre, pour la palme de l’hypocrisie, la droite et une bonne partie de la « gauche » ( Valls : « il faudrait plus de blancos …» Marine Le Pen, Sarkozy, Valls, Ciotti, Estrosi, fil à patte et patafil pour ce qui est de la xénophobie…

Et le fondateur du FN a fini par en avoir assez d’avaler des couleuvres. Il dit très lucidement :

Déclaration de Jean-Marie LE PEN au Bureau Politique du Front National du lundi 4 mai 2015 :
" Le fait, réel, d’arriver en 1ère position lors des Européennes et des départementales ne doit pas nous aveugler. Le chiffre des voix obtenues doit être la vraie référence. Notre organisation, en progrès, reste très imparfaite, ainsi que la formation de nos cadres. Nous dépendons totalement des médias, puisque nous n’avons pas été capables d’avoir un journal . Aux temps anciens, comme disent les nouveaux parvenus, il y avait un hebdo, National Hebdo et un bi mensuel, Français d’Abord. Plus grave, c’est l’âme du FN qui a été blessée. La solidarité s’est affaiblie. On craint d’avoir mauvaise réputation républicaine. Sommes-nous devenus le premier parti antifasciste et antiraciste de France ? "
(Pris sur le site officiel de JM Le Pen. (http://www.jeanmarielepen.com/)

Le FN, propulsé par Mitterrand en 1992

Le FN est, depuis ses tout débuts, un conglomérat. Et, très vite, son aile la plus ouvertement fasciste, rompt ces rangs pour constituer le Parti des forces nouvelles. Le Pen est issu quant à lui de la frange pétainiste-poujadiste-Algérie française qui entend cultiver en permanence l’équivoque. Ensuite, comme chacun le sait, le FN demeurera marginal voire confidentiel jusqu’en 1982.

Il faut à nouveau rappeler qu’avant même ses premiers succès d’estime, très localisés, le FN a été propulsé directement par le chef de l’Etat de l’époque François Mitterrand. Propulsé pour être instrumentalisé par l’Etat. Un FN-épouvantail à des fins de diversion sociale, d’une part et un FN-aiguillon des attaques contre la fraction immigrée de la classe ouvrière et, aujourd’hui, de l’islamophobie d’Etat. Bien évidemment, c’est un jeu d’apprentis sorciers : la crise des partis organiques du capital financier combinée à la paupérisation de la petite bourgeoisie non salariée va donner et donne insensiblement une assise électorale au FN. Mais cette assise électorale, certes limitées, contraste avec la faible capacité de mobilisation de cette formation dans la rue. Il semblerait même que cette audience électorale durable, à grand renfort de médiatisation affaiblisse le vieux corps militant du FN et pousse à l’intégration-normalisation institutionnelle de cette organisation qui est aujourd’hui incarnée par « Marine », dans un contexte où, à l’inverse, une radicalisation fasciste du FN renouant avec les « vieilles méthodes » la mènerait à la marginalisation des années 70. Pour Marine Le Pen et ses nouveaux pairs, il n’en est pas question. Désormais, une frange, certes minoritaire mais réelle du capital financier commence à penser que le « nouveau FN » pourrait être bien utile dans le contexte de crise profonde et de vide abyssal des partis institutionnels de gauche et de droite qui, eu égard à l’abstentionnisme de masse, ne représentent plus grand-chose.

Fréquentable aux yeux du CRIF !

La question ici n’est pas de savoir qui, du père ou de la fille, est le plus « fasciste ». Du fascisme, la fille retient le « programme social » et le père « la barre de fer » et les « retraites aux flambeau » de « troupes de choc » . D’ailleurs, Marine Le Pen veut même se lier avec l’Etat sioniste. N’est –elle pas devenue « fréquentable » aux yeux du CRIF ?

Pour cette dernière, rien n’est simple car elle est sans cesse doublée, sur son extrême droite, non par son diable de père, mais par les Estrosi, Ciotti et Valls cherchant à être, chacun, le meilleur islamophobe, comme l’éditorial de « La Commune » l’a déjà souligné :

[ http://www.lacommune.org/Parti-des-travailleurs/blog/Editoriaux/On-vit-une-epoque-formidable,i1103.html ]

Sans doute, le vieux Le Pen aurait aimé continuer à louvoyer entre le pôle qui tend vers la radicalisation fasciste et celui qui tend vers l’intégration dans les rouages du « système », de « l’Establishment » tant décrié, en évitant de mettre « les mains dans le cambouis », cherchant la respectabilité d’un côté, tout en continuant à servir d’épouvantail utile au régime.

Mais, l’heure n’est plus à ces oscillations.

A l’évidence, à cette étape, le FN ne peut non plus connaître une progression électorale sans se donner un visage démocratique et tendre vers un rassemblement plus large, bonapartiste, en tirant profit de la crise permanente de l’UMP, contrainte de changer de nom. Comme le rappelle notre éditorial dans notre journal n° 96 de mai : « Le père doit être « tué », non par besoin œudipien mais car il représente la veille garde crypto-pétainiste, fascisante et que la fille a bien compris que cette aile qui cohabite encore dans le FN doit être marginalisée, sinon disparaître car elle ne recoupe pas la base sociale populiste petite-bourgeoise qui cherche confusément à se cristalliser électoralement avec le FN »

Le FN est victime de sa croissance artificielle, de la tare originelle de son émergence puisque cette formation a été propulsée depuis le sommet de l’Etat.

Le FN doit désormais se mouler dans les institutions de la Ve République, comme un vulgaire parti bonapartiste

Au degré atteint par la crise du régime, dont les abstentions ouvrières et populaires sont le moteur et l’accélérateur, le FN est sommé de choisir une des deux voies qui s’offrent à lui. L’ultra-majorité de sa direction a choisi la voie de la respectabilité et tend inexorablement à devenir, y compris à son corps défendant un parti institutionnel comme les autres ;

La crise profonde de ces partis, désavoués, discrédités, rejetés par l’immense masse des couches laborieuses se réfracte aussi sur le FN, que la pression de la lutte de classes ne saurait épargner. C’est comme la fable de La Fontaine « les animaux malades de la peste » : « Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés »

La FN non plus n’a pas de « solution » face aux masses qui cherchent désespérément la voie pour se défendre contre l’austérité, le chômage et la misère. Comme les autres partis, et quand bien même il fasse mine de protester, il n’ose pas appeler à la rupture avec l’Union européenne, ses institutions et directives. Il semble même que, comme les autres, il en mange…

Le FN doit désormais se mouler dans les institutions de la Ve République, comme un vulgaire parti bonapartiste et monter à son tour au créneau pour les défendre. On aura tout vu. Le Pen père a raison : le FN doublé par sa droite par l’UMP et dans une certaine mesure par le PS ! De quoi déshériter sa fille !

Normal, il est un parti qui existe, comme les autres, en défense de la propriété privée des moyens de production. Bref, un parti réactionnaire du Capital. Quelle que soit et sera la place qui est en train de lui être assignée par ce même Capital.

15 mai 2015,La direction de La Commune- Pour un parti des travailleurs


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