L'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux mêmes

La Commune - Pour un parti des travailleurs - membre du courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs ( IVe Internationale)
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Pedro Carrasquedo (1951-2015) : un dirigeant ouvrier authentique

Publié le lundi 14 novembre 2016

Il y a un an – dans la nuit du 26 au 27 octobre 2015 – Pedro nous quittait, après avoir combattu jusqu’à son dernier souffle. Le samedi 25 au matin, il se préoccupait de la finition de notre journal, de donner corps à l’équipe d’animation de La Commune. Pedro était un dirigeant ouvrier comme il y en a peu, à l’internationalisme chevillé au corps, aimant transmettre ses connaissances simplement et doué d’une empathie communicative. Nous lui devons notre existence comme organisation, à laquelle il a légué l’armement théorique et pratique qui nous permet d’agir.

Pedro Carrasquedo (1951-2015) : un dirigeant ouvrier authentique

Dirigeant syndical de la CGT-Culture, Dirigeant international de notre courant « MST- quatrième internationale », Pedro s’était illustré dans la défense des droits des travailleurs immigrés, dans la lutte pour « un toit décent pour tous les mal-logés », avec une grande audace et de grands succès. Il était également très attaché aux problèmes relevant de la « question nationale », en Euzkadi comme en Ukraine, en Kabylie comme en Palestine. Il était tout autant passionné par le cours des choses en Amérique latine.

Il pouvait débattre avec des personnalités aussi diverses que Maître Denis Langlois, Benjamin Stora (historien), Jacques Kirchner (cinéaste), Laurent Mauduit, Maurice Rajsfus, Pierre Broué , mais aussi avec le grand dirigeant trotskyste péruvien Ricardo Napuri. Ceux qui avaient cherché à l’isoler en l’expulsant de son parti (le PCI – lambertiste) en ont été pour leurs frais. 1

La transition vers un parti plus large

S’inspirant de ce que le lambertisme a eu, il fut un temps, de meilleur, il nous a appris qu’une organisation se construit par l’intervention concrète dans la lutte de classes, même sur son plus petit segment et qu’elle sélectionne ses membres, dans et par cette intervention. Sans cet oxygène, elle ne peut tenir et se développer. Il nous a appris la « méthode de transition » qui consiste à jeter un « pont » vers le parti au moyen de regroupements larges, cette méthode sans cesse promise par les lambertistes mais jamais appliquée sérieusement par eux.

Militant antibureaucratique

Pedro exécrait tous les comportements bureaucratiques vis-à-vis des gens et toutes les formes d’ultimatisme ou de mépris à l’égard des préjugés personnels de chacun. Il avait, au contraire, un grand respect pour les croyances, ce qui ne l’empêchait pas d’être un « intégriste de la laïcité », rejetant toute subvention à toute école privée, même basque ! Il avait aussi de l’admiration pour les anarchistes liés au mouvement des masses et, en premier lieu pour Buenaventura Durruti.

Amoureux de la langue française, notre rédacteur en chef était sans concession sur l’orthographe et attaché à la syntaxe, cherchant toujours le mot le plus simple pour illustrer son propos. Il aurait été un excellent professeur de français ou d’histoire s’il n’avait pas choisi d’être pendant cinquante ans un militant puis un soldat de la quatrième internationale.

Révolte contre l’islamophobie

Pedro était tout autant viscéralement révolté par l’islamophobie sous toutes ses formes et en particulier l’islamophobie « de gauche » du type de ces enseignants d’une certaine extrême-gauche, menant une campagne publique pour exclure de l’école laïque des élèves ayant commis le « délit de foulard ».

Un parcours exceptionnel

Le jeune militant qui se rendait en Espagne sous Franco pour faire la liaison avec les trotskystes plongés dans la clandestinité, le journaliste du journal « Informations ouvrières » et organisateur de régions entières du PCI, l’animateur des batailles contre les centres de rétention, le syndicaliste acharné des Archives nationales, le combattant pour l’Euzkadi libre et démocratique, le meneur d’actions pour tous les prisonniers palestiniens, l’animateur de conférences populaires sur le racisme d’État, l’homme qui nous reliait à l’Internationale et au valeureux trotskysme argentin, l’homme qui sut faire le choix entre son avenir de permanent dans une organisation desséchée, hégémoniste et bureaucratisée et « repartir de zéro » ne font qu’un et un seul homme, entier, enthousiaste : notre Pedro, notre frère, notre ami, notre camarade. Toujours présent.

Pour une direction collective, contre l’aristocratisme

Ici, nulle hagiographie. Nous témoignons de notre affection pour lui comme il a su nous témoigner de la sienne.

Un an après, Notre équipe vit à la façon dont il nous l’avait prodigué : sans se prendre pour ce que nous ne sommes pas, sans le moindre complexe de supériorité vis-à-vis de notre classe et des opprimés avec cette même confiance dans les masses et dans leur capacité à se frayer par elles-mêmes le chemin de leur émancipation. Ses ultimes efforts furent consacrés à doter notre organisation d’une direction collective.

Un grand merci à toi, Pedro !

Wladimir Susanj et Daniel Petri,
27-10-2016

1. Nous reviendrons dans notre prochain numéro sur cette expulsion et ses suites immédiates


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