L'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux mêmes

La Commune - Pour un parti des travailleurs - membre du courant international Mouvement Socialiste des Travailleurs ( IVe Internationale)
(ADIDO - 8, rue de la Forêt Noire 34 080 MONTPELLIER)


Combattre Le Pen

Publié le dimanche 05 mai 2002
par la fermeture immédiate des camps de rétention et | DéclarationParce que nous sommes résolument aux côtés de la jeunesse et des démocrates qui manifestent depuis le 21 avril dans la rue contre Le Pen,
Parce que l'histoire de ces quinze dernières années prouve que la lutte efficace et sérieuse pour écraser l'extrême droite est incompatible avec " l'antifascisme de salon " dans lequel certains politiciens cherchent toujours à nous entraîner,
Nous posons les questions suivantes.

Peut-on combattre Le Pen en laissant en place les 34 camps de rétention pour immigrés en instance d'expulsion, camps créés par la loi du 29 octobre 1981 (gouvernement Mitterrand-Mauroy-Fiterman) et repris par les lois Marchand, Pasqua, Joxe et les circulaires Chevènement ?
Non, puisque c'est ainsi légitimer les camps de transit dont rêve Le Pen.

Peut-on combattre l'extrême droite en refusant, comme l'ont fait tous les gouvernements successifs, de régulariser les sans-papiers ?
Non, car c'est justifier les thèses racistes selon lesquelles les immigrés sont responsables du chômage et de l'insécurité.

Peut-on combattre Le Pen en expulsant à tour de bras (23 000 expulsions ou reconduites à la frontière ces cinq dernières années réalisées par la "gauche plurielle") ?
Non, puisque c'est ainsi faire le lit des discours xénophobes de Le Pen sur l'étranger indésirable.

Peut-on combattre Le Pen qui veut détruire les services publics, la sécurité sociale, les libertés individuelles et collectives, en prenant, gouvernement après gouvernement, des mesures de privatisations, de licenciements collectifs, de fermeture de milliers de lits dans les hôpitaux, de poursuite du plan Juppé contre la protection sociale, de désertification rurale et urbaine, le tout au nom de l'Europe de Maastricht, une " Europe " incompatible avec celle des peuples solidaires et des travailleurs ?
Non. On ne peut pas combattre Le Pen en apportant de l'eau nauséabonde à son moulin.

Qui oserait croire que Le Pen n'est pas un danger ? Raison de plus pour cesser de lui fournir le terreau sur lequel il prospère depuis tant d'années !
Les résultats de Jospin ne sont pas à chercher ailleurs : il récolte ce qu'il a semé. Pourquoi nier l'évidence et reporter sur d'autres les responsabilités de ce rejet massif dont il fait l'objet ?

C'est pourquoi nous nous élevons avec la plus grande fermeté contre la vaste entreprise de culpabilisation organisée contre les travailleurs et les jeunes accusés de ne pas avoir voté Jospin ou qui n'auraient pas assez voté Jospin ou contre ceux qui se sont abstenus. Ils n'ont pas, eux, un gramme de responsabilité dans la situation actuelle.

Il convient de ce point de vue de rappeler la réalité des chiffres.

Il n'y a pas de raz-de-marée en voix pour Le Pen

En 1995, Le Pen, Cheminade, De Villiers ont obtenu 6 099 342 voix. En 1995, il ne faisait de doute pour personne que De Villiers fait partie de la droite extrême. De Villiers, xénophobe et royaliste notoire, anti-républicain, anti-avortement, avait recueilli 1 443 235 voix. l'électorat de De Villiers n'a pas disparu ; il se retrouve, en partie, en 2002, dans le vote extrême droite.

En 2002, Le Pen et Mégret ont recueilli 5 456 586 voix. l'extrême droite accuse donc un recul de 642 756 voix.

La gauche, qui a fait une politique de droite pendant cinq ans, est donc seule responsable si son électorat s'est détourné d'elle. Et elle porte, avec la droite, la responsabilité du choc terrifiant d'un Le Pen au second tour.

Peut-on combattre Le Pen
en votant Chirac ?

Peut-on combattre Le Pen en votant pour un homme qui a largement contribué à banaliser Le Pen ? Peut-on faire barrage à l'extrême droite en votant pour l'homme des " bruits et odeurs dans la cage d'escalier ", des " quotas " d'immigrés et du " seuil de tolérance " ?

Peut-on se servir, dans le combat pour la démocratie, de Chirac, dont le directeur de campagne, Antoine Rufenacht, maire du Havre, élu à la présidence du Conseil régional de Haute-Normandie grâce aux voix du FN, avait déclaré : " Le programme du FN peut paraître excessif sur plusieurs points mais s'il respecte la Constitution et la règle démocratique, on ne peut pas le rejeter du débat " ?

Peut-on donner un chèque en blanc à Chirac qui vient de tenir un meeting à Lyon flanqué de Blanc, Soisson et Millon, eux aussi élus grâce aux voix du FN ? Charles Millon ayant même déclaré que " des dizaines et des dizaines de députés seront élus grâce aux voix du FN " ?

Peut-on éteindre un incendie en y jetant de l'essence ?

Voter Chirac, c'est légitimer un homme qui, une fois plébiscité, s'attaquera aux travailleurs, aux jeunes, aux immigrés et approfondira l'offensive contre le droit au travail, la protection sociale, la santé, l'école et la démocratie.

Le Pen est le rejeton monstrueux de la droite libérale, celui qu'on cache, dont on a honte, celui qu'on n'emmène pas dans les dîners en ville, mais qui fait quand même partie de la famille et qu'on élève, au cas où...
Voter Chirac, c'est, qu'on le veuille ou non, renforcer un homme pourtant rejeté au premier tour de l'élection présidentielle par 9 électeurs sur 10, un homme discrédité comme sont discréditées les institutions qu'il défend, celles de la Ve République. Voter Chirac en distillant l'illusion qu'il va défendre la démocratie, c'est aider la droite à se remettre en selle contre la population laborieuse et les démocrates et lui donner une légalité inespérée pour appliquer le programme du MEDEF.

Et voilà qu'on voudrait enfermer tous ceux qui combattent le FN depuis si longtemps dans cette alternative aux allures de mascarade : l'escroc ou le facho ?

C'est comme si, en Italie, nous avions conseillé aux travailleurs et jeunes italiens de voter Berlusconi pour faire barrage au néo-fasciste Fini et au raciste Bossi !

Il y a une autre voie



Combattre Le Pen,
c'est appeler à l'unité des travailleurs, des jeunes et des organisations pour, ensemble, exiger, dans la rue, par la grève, par les manifestations, par tous les moyens nécessaires :
-la fermeture de tous les camps de rétention,
-la régularisation de tous les sans-papiers,
-l'abrogation de toutes les lois et circulaires contre les immigrés et leurs familles,
-l'arrêt de tous les licenciements,
-la défense des services publics et de santé,
-l'abrogation de la circulaire Juppé contre la Sécurité sociale,
-le maintien des retraites par répartition (37,5 annuités public-privé).



Pas une voix pour Le Pen !



Pas une voix pour Chirac !


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